Les clés du passé
Réduite à une peau de chagrin après le premier conflit mondial, l'Autriche, charnière entre l'Est et l'Ouest, fut pourtant un puissant empire sous la dynastie des Habsbourg. Après une neutralité imposée par les Alliés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ce petit pays alpin a bien su s'intégrer en Europe et dans la communauté internationale.
La préhistoire et les Celtes
Le territoire actuel de l'Autriche fut habité il y a 150 000 ans, bien que les premiers témoignages archéologiques d'importance soient plus récents. Une toute petite statuette datant de 25 000 ans avant notre ère, la fameuse Vénus de Willendorf, avec ses formes généreuses, fut retrouvée dans la vallée du Danube en 1909. En 1988, on découvrit dans la même région une autre statuette, la « Vénus dansante », qui daterait de 30 000 ans avant notre ère.
Les dépôts salins firent la prospérité de la région de Salzbourg ainsi que les minerais styriens de l'Erzberg. Au premier âge de fer (800 et 400 av. J.-C.) s'installe une tribu celte. Cette période est connue sous le nom de civilisation de Hallstatt (« hall » est le nom celte pour sel).
Lui succède la civilisation du Tène, au deuxième âge de fer, durant laquelle les tribus vivent dans le royaume de Noricum et pratiquent un commerce actif. La base de leur économie est constituée par le sel et le fer.
L'occupation romaine
Vers l'an 12 av. J.-C., les légions romaines dirigées par Tibère franchissent les Alpes et cherchent à constituer un rempart contre l'envahisseur germanique. En moins de vingt ans, trois provinces romaines sont créées : la Rhétie, le Norique et la Pannonie. Des villes comme Vindobona (Vienne), Juvavum (Salzbourg), et Brigantium (Bregenz) datent de cette époque. La capitale de la Pannonie, Carnuntum, ville aujourd'hui disparue, comptait 20 000 habitants. Dans ces provinces, les Romains apportent leur civilisation, leur religion et leur administration. Vers le IIe siècle ap. J.-C., le christianisme se répand avec succès mais, au Ve siècle, l'Empire romain s'effondre sous les attaques de grandes invasions barbares.
Les invasions barbares
Jusqu'au VIe siècle, de nombreux peuples tentent d'envahir le territoire : Huns, Lombards, Goths et Avars saccagent sur leur passage la civilisation et le mode de vie romains. Une peuplade agricole, les Bajuvares (Bavarois), finit par s'imposer et s'installe dans les campagnes.
En 796, Charlemagne crée l'Ostmark (marche de l'Est), future Autriche, à l'extrémité orientale de son empire, pour protéger ses provinces limitrophes d'autres invasions. Mais, au IXe siècle, les Magyars envahissent le territoire, qui sera libéré en 955 par Othon Ier lors de la bataille de Lechtfeld.
Le règne des Babenberg
L'empereur Othon Ier nomme le comte Léopold de Babenberg margrave de l'Autriche. Cette famille originaire de Franconie régnera sur l'Autriche durant trois siècles. A ses débuts, la dynastie s'établit à Melk, et il faut attendre 1156 - l'Ostmark devenant un duché - pour qu'elle s'installe à Vienne. Les Babenberg ont l'esprit guerrier et étendent leurs possessions vers l'est et le sud. En bons chrétiens, ils entreprennent la construction d'églises (Saint-Etienne, Vienne...) et de nombreux monastères et abbayes (Klosterneuburg, Heiligenkreuz).
La cour est brillante. On y accueille les Minnesänger, ces troubadours germaniques qui colportent des légendes héroïques. On dit que le chant des Nibelungen qui, au XIXe siècle, inspirera Richard Wagner, est né à la cour des Babenberg.
Le dernier duc, Frédéric II le Belliqueux, meurt à la bataille de Leitha, en 1246. Il ne laisse aucun héritier. Ottokar II, un membre de la famille royale de Bohême, s'empare alors du pouvoir pour dix-neuf années.
Les Habsbourg
Cette dynastie régna 640 ans sur l'Autriche (de 1273 à 1918) et donna 19 empereurs et une impératrice. Originaire d'Argovie, en Suisse, leur nom provient de leur château « Habitchsburg », construit au XIe siècle. Pour mettre fin à l'interrègne d'Ottokar, le pape élit Rodolphe de Habsbourg empereur du Saint Empire romain germanique. Après avoir consolidé son pouvoir par sa victoire à la bataille de Marchfeld, ce dernier va jouer un rôle culturel et politique non négligeable. Il acquiert le comté du Tyrol, fonde l'université de Vienne et commence la transformation de Saint-Etienne en cathédrale gothique.
L'apogée de l'empire
Son successeur, l'empereur Frédéric III, inaugure la fameuse politique « Que les autres fassent la guerre, toi, heureuse Autriche, tu te contentes d'épousailles, car ce que les autres demandent à Mars, c'est Vénus qui te les donne ». Tout au long des XVeet XVIe siècles, les Habsbourg continuent leur politique d'expansion pacifique.
Après l'abdication de Charles Quint (1556), la branche espagnole est séparée de l'autrichienne : à Philippe II reviennent les territoires espagnols et hollandais (les Habsbourg d'Espagne s'éteindront en 1700) ; à son frère, Ferdinand Ier, les terres autrichiennes.
Pour favoriser l'unité par la religion catholique, un des grands principes des Habsbourg d'Autriche pour la cohésion de l'empire, s'impose très tôt une vigoureuse Contre-Réforme. Après la guerre de Trente Ans, chaque souverain étant en mesure de déterminer la religion de son Etat, les Habsbourg optent définitivement pour le catholicisme.
Le péril ottoman
Depuis 1526, les Habsbourg possèdent quelques terres en Hongrie, ce qui va à l'encontre des convoitises ottomanes. Les Turcs sont aux portes de Vienne en 1529 et 1683. Avec la grande peste qui sévit entre 1671 et 1678, ils sont considérés comme un fléau de l'histoire habsbourgeoise. Vienne est sauvée du deuxième siège turc grâce à l'intervention d'une armée de 80 000 hommes conduite par le roi de Pologne, Jean Sobieski. C'est seulement en 1699 que les Habsbourg récupèrent le trône hongrois.
AEIOU
Cette association étrange de voyelles est la devise de la Maison d'Autriche depuis le XVe siècle. Son auteur est l'empereur Frédéric III de Habsbourg. On lui attribue deux significations, la contraction de Austria Est Imperare Orbi Universo (« A l'Autriche revient la domination du monde »), ou de Austria Erit In Orbe Ultima (« L'Autriche survivra la dernière dans le monde »). Il faut dire que les Habsbourg ont la réputation d'être de fins diplomates, étendant leurs territoires en Europe grâce à d'habiles alliances matrimoniales. Ainsi, ils récupèrent les Pays-Bas, le comté de Bourgogne, la Castille, l'Aragon, la Hongrie, la Bohême... A l'époque de Charles Quint, on parle même d'un empire où le soleil ne se couche pas.
Une grande impératrice
A la même époque, l'empereur Charles VI prépare la succession de sa fille, Marie-Thérèse. Il crée un document appelé « pragmatique sanction » qui lui permet, en tant qu'héritière féminine, d'accéder au pouvoir. Marie-Thérèse sera une grande impératrice. Après avoir défendu ses possessions en début de règne, elle entreprend des réformes centralisatrices durables en modernisant l'administration, réorganisant le système scolaire et instituant un code pénal. Elle met au monde seize enfants, parmi lesquels Marie-Antoinette, dont on connaît le tragique destin. Son fils, Joseph II, continuera ses réformes en les radicalisant. On parle même de « révolution joséphiste ». Il instaure en effet, en 1781, l'édit de tolérance, qui garantie la liberté de culte aux protestants et abolit le servage. On a coutume de le présenter comme un « despote éclairé ».
Globalement, le XVIIIe siècle est une période d'épanouissement, qui se clôt par un péril venant de l'ouest : Napoléon.
Le prince Eugène de Savoie
Un des héros nationaux de l'Autriche est un... Français. Fils du comte de Soissons, Eugène Maurice de Savoie, et d'Olympe Mancini, nièce du cardinal Mazarin, le prince Eugène grandit à Versailles. Destiné à la carrière ecclésiastique, il est passionné par les armes et nourrit une tout autre ambition : commander l'un des régiments de Louis XIV. Ce dernier refuse, lui reprochant son manque de prestance. Eugène de Savoie offre alors ses services à Léopold Ier d'Autriche, qui l'accueille en 1683, alors que Vienne est assiégée par les Turcs. Il parviendra à les repousser définitivement d'Europe en 1717, après différentes victoires, dont celle de Zenta. Devenu riche, il se fait construire de merveilleux palais baroques, dont ceux du Belvédère. Resté célibataire, il laisse à la postérité une collection inestimable d'oeuvres d'art.
Napoléon et la réorganisation de l'Europe
Napoléon octroie de plus en plus de libertés aux princes allemands au détriment du Saint Empire, et ses armées occupent le pays. Le héros tyrolien Andreas Hofer prend la tête d'une insurrection populaire en 1809, mais Napoléon conquiert Vienne à deux reprises. En 1810, il est vainqueur des Autrichiens à Wagram et épouse Marie-Louise, fille de François Ier.
Après la défaite de Napoléon à Waterloo, le congrès de Vienne redéfinit la carte de l'Europe, en 1815. A cette occasion, le chancelier de François Ier, Metternich, restaure l'ordre ancien en Autriche. Jusqu'en 1835, le pays connaît une période de paix, accompagnée d'un développement commercial et industriel. A l'industrialisation correspond la naissance du prolétariat ouvrier et l'apparition du style Biedermeier inhérent à une nouvelle classe au pouvoir : la bourgeoisie. La censure instaurée par Metternich ne peut cependant pas empêcher l'éveil des revendications nationales des minorités.
A l'instar des autres villes européennes, une révolution rapidement étouffée éclate en 1848. Arrive alors au pouvoir le jeune empereur François-Joseph, âgé de dix-huit ans, et dont le règne (1848-1916) sera l'un des plus longs de l'histoire des monarchies européennes.
Rituel habsbourgeois
Un cérémonial bien particulier accompagne l'enterrement d'un Habsbourg. Le coeur du défunt est déposé dans la crypte de l'église des Augustins et les viscères dans celle de la cathédrale Saint-Etienne. Après la cérémonie à la cathédrale, on transporte le corps à la crypte des Capucins. Le grand chambellan frappe trois coups à la porte d'entrée. « Qui demande à entrer ? », demande le père gardien. Le grand chambellan répond par le prénom du défunt et l'énumération de tous ses titres. « Je ne le connais pas », répond le père. Trois coups sont à nouveau frappés, et la même question est posée, à laquelle il est répondu : « Son Altesse impériale et royale », suivi du prénom. Nouvel échec. La troisième fois sera la bonne : le grand chambellan ayant répondu, en s'agenouillant : « C'est (il donne le prénom du défunt), pauvre pécheur qui implore la miséricorde de Dieu », le père répond alors enfin : « qu'il entre »...
Le règne de François-Joseph et le déclin des Habsbourg
François-Joseph met en place un Etat très fortement centralisé, afin d'étouffer les revendications nationales des minorités. En 1866, l'Autriche doit admettre la défaite de Sadowa, par laquelle elle perd sa place hégémonique en Allemagne au profit de la Prusse. Elle cherche alors à se rapprocher de populations non allemandes et se réconcilie avec la Hongrie. Avec le compromis austro-hongrois, signé en 1867, François-Joseph, empereur d'Autriche, prend également le titre de roi de Hongrie. On parle de deux Etats égaux, d'une part la Cisleithanie (Autriche) et, d'autre part, la Transleithanie (Hongrie). Si les Hongrois ne peuvent qu'être satisfaits, il n'en est pas de même pour les Slaves, qui se sentent rejetés. La période précédant le déclenchement de la Première Guerre mondiale est calme, et est marquée par une politique d'alliances entre les nations qui, au moindre incident, peut fragiliser l'équilibre européen. En 1879, l'Autriche-Hongrie s'allie avec l'Allemagne et l'Italie.
C'est l'assassinat, en 1914, à Sarajevo, de l'héritier du trône, François-Ferdinand, par un nationaliste serbe du nom de Gavrilo Prinzip, qui précipite l'Autriche et l'Europe dans le premier conflit mondial. François-Joseph, vieillissant, n'assistera pas au démembrement de son empire et le règne de ce monarque restera un mythe. Il aura tenté de maintenir une certaine unité, malgré les tragédies qu'il dut subir durant sa longue existence avec le suicide de son fils, l'archiduc Rodolphe, l'assassinat de son frère, Maximilien de Mexique, de son épouse Sissi, et de son héritier désigné, François-Ferdinand.
En 1916 lui succède Charles, qui devra s'exiler à la fin de la guerre. Ce sera la fin du règne des Habsbourg, qui se soldera par un démembrement de l'Empire austro-hongrois. L'Autriche est réduite à une république composée de ses anciens territoires allemands.
La république d'Autriche
La première république et ses faiblesses
En 1920, la république est proclamée. D'un empire de 676 615 km², peuplé de 51,4 millions d'habitants, l'Autriche devient une république de 83 850 km², abritant 6,4 millions d'habitants. Elle doit faire face à des problèmes économiques quasiment insurmontables avec la perte des Etats qui détiennent en partie les richesses économiques de l'ancien empire. Aux yeux de l'opinion publique, cette petite république n'est pas viable. Elle traverse une période d'instabilité politique, et les conflits entre sociaux-démocrates et conservateurs mènent, en 1932, à la constitution d'un Etat autoritaire sous la conduite de Dollfuss. En 1934, un premier putsch national-socialiste soutenu par Hitler échoue, mais Dollfuss y trouve la mort. Son successeur, Kurt von Schuschnigg, cherche à préserver l'indépendance, mais ne trouvera aucun compromis avec Hitler.
Le 15 mars 1938, le dictateur impose l'Anschluss, le rattachement de l'Autriche à l'Allemagne hitlérienne. L'Autriche, allemande de 1938 à 1945, devient alors la province orientale du IIIe Reich.
La seconde république
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la république est rétablie et, en 1955, les forces alliées (Etats-Unis, URSS, Grande-Bretagne et France) rendent au pays sa souveraineté nationale. En revanche, dans le traité d'Etat signé cette même année au palais du Belvédère, elle déclare sa neutralité absolue. Le symbole de la libération du pays est pour bon nombre d'Autrichiens la réouverture de l'Opéra de Vienne, avec l'interprétation de Fidelio de Beethoven, sous la direction de Karl Böhm.
La scène politique est généralement dominée par le parti social-démocrate (SPÖ), amené à gouverner en coalition avec le parti populiste autrichien (ÖVP). Contrairement à la première république, la deuxième privilégie coopération, compromis et consensus. Des figures politiques comme Bruno Kreisky, élu Chancelier en 1966, sont très populaires. En revanche, l'Autriche est mise en quarantaine en 1986 par la communauté internationale pour avoir élu président de la République Kurt Waldheim, dont le passé sous le IIIe Reich manque de transparence.
Depuis les années 80, deux partis ont émergé : le FPÖ (parti libéral d'extrême droite) de Jörg Haider et les Verts.
Aujourd'hui
Après la chute des démocraties populaires, son statut de neutralité ne présentant plus d'obstacles, l'Autriche intègre l'Union européenne en 1995. Mais, en octobre 1999, le FPÖ devient le deuxième parti politique de l'Autriche. Wolfgang Schlüssel, chef du ÖVP, propose alors une alliance avec le FPÖ pour former un pacte de gouvernement ce qui sera mal perçu par la communauté internationale. Depuis les élections locales de 2001, on constate que la popularité du FPÖ décroît. En juillet 2004, Heinz Fischer (SPÖ) est élu président de la République. Les élections législatives d'octobre 2006 ont abouti à une coalition entre SPÖ et ÖVP et Alfred Gusenbauer (SPÖ) est chancelier depuis le 11 janvier 2007.

