Les clés du passé
S'il fallait choisir une clé de l'Histoire, capable à elle seule de révéler le présent, ce serait celle de la constante et singulière fusion d'ethnies et de cultures. Indiens, Africains, Européens de l'Est et de l'Ouest, puis Arabes et Japonais, tous ont façonné, en 500 ans, un pays aux multiples visages, en même temps synthèse et commencement.
L'arrivée des Portugais
En avril 1500, les 1 200 hommes qui composent la flotte du Portugais Pedro Alvares Cabral découvrent la côte de Bahia. Est-ce par le hasard des courants maritimes ou par ordre secret de la Couronne, laquelle est déjà consciente de l'existence de terres fermes à l'ouest des Açores ? Les historiens ne sont toujours pas d'accord... Les matelots croyaient accoster une des nombreuses îles réelles ou légendaires de l'Atlantique, la mer dite « ténébreuse ». Moins d'un mois plus tard, l'escadre repart en direction des Indes. C'est seulement en 1501 et grâce au compte-rendu de l'expédition d'Amerigo Vespucci que l'on comprend, en Europe, que l'on a découvert le quatrième continent. De surcroît, le navigateur florentin y fait état, à défaut d'or et d'épices, d'une abondante couverture du précieux arbre pau brasil, utilisé pour teindre des tissus.
Trois décennies s'écoulent avant que le roi du Portugal, João III, ordonne la division du nouveau territoire. Quinze grandes zones horizontales sont alors définies à partir de la ligne du traité de Tordesillas, démarcation à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert selon laquelle le Portugal et l'Espagne se partagent tout nouveau monde découvert et à découvrir ! João III lance ainsi les bases de la colonisation de l'Amérique.
« Palmares », ou la résistance africaine
Dispersés et contraints d'abandonner leur culture, les esclaves africains organisent très tôt des évasions collectives.
Les fugitifs occupent diverses régions du Brésil, créant des communautés appelées quilombos, dans lesquelles ils reproduisent le monde africain.
Celle de Palmares, située entre les Etats de Pernambuco et Alagoas, regroupe environ 20 000 personnes qui cultivent de petites exploitations. Malgré les innombrables expéditions militaires, ce quilombo résiste un siècle. Un accord conclu entre le roi Ganga Zumba, élu par ses pairs, et le gouverneur permet d'ailleurs le commerce avec les habitants de la région.
N'acceptant aucun compromis avec les Blancs, son successeur, Zumbi, continue de lutter pour la libération de tous les esclaves.
Assassiné en 1694, après la destruction de Palmares, il reste le symbole de la résistance noire.
Les premiers Africains au Brésil
Cinq millions d'individus regroupés en plus de 5 000 tribus et autant de familles linguistiques occupent le Brésil quand Cabral y pose le pied. Et malgré les premiers rapports officiels faisant état du caractère « pacifique » des Indiens, les conflits ne tardent pas à éclater. Il faut se rendre à l'évidence : si l'esclavage des autochtones est efficace dans l'extraction du pau brasil, il n'en est pas de même pour l'exploitation agricole. Les Portugais, qui pratiquent le trafic négrier depuis 50 ans en empochant des bénéfices faramineux, décident de faire venir la main-d'oeuvre africaine à la colonie. En 300 ans, quatre millions d'esclaves noirs, originaires principalement de Guinée, Côte-d'Ivoire, Mali, Congo, Angola, Mozambique et Bénin, débarquent ainsi au Brésil.
De la canne à sucre aux diamants
Durant les premiers siècles, la canne à sucre demeure la première et presque unique ressource économique du Nouveau Continent, exception faite du pau brasil. C'est seulement au XVIIe siècle que l'intérieur du territoire est défriché par les explorateurs. Entre deux assauts contre les tribus considérées comme hostiles aux intérêts de la Couronne, les pionniers découvrent le Minas Gerais, région parsemée de mines d'or et de diamants. Plus que la fortune des colonisateurs, cette découverte permet l'essor de l'art baroque brésilien, si bien représenté à Ouro Preto, dans le Minas Gerais, ou à Salvador, dans l'Etat de Bahia. Au cours de la même période, les Portugais luttent contre des envahisseurs français et hollandais, ces derniers ayant résisté à l'expulsion vingt-cinq ans durant.
Une indépendance négociée
Alors que l'indépendance s'établit à coups de hache dans les colonies hispaniques, le Brésil s'est presque naturellement engagé dans la voie de l'autonomie, grâce aux tractations menées par l'héritier même du trône lusitain. En 1822, Pedro I proclame la séparation du royaume uni du Portugal et du Brésil, non sans en tirer le plus grand profit. Il en devient ainsi le premier empereur, créant la deuxième singularité de ce territoire, puisqu'il fut le seul à accéder à l'indépendance et à ne pas devenir une république. En acceptant d'indemniser la métropole de 2 millions d'escudos contre sa reconnaissance en tant que nation, le Brésil contracte, en contrepartie, sa première dette extérieure. De cette rupture en douceur avec les colonisateurs serait né, selon certains, un caractère national plus enclin aux compromis qu'aux révolutions... Pedro I règne neuf ans avant d'abdiquer en faveur de son fils, alors âgé de 5 ans seulement, ce qui signifie que le Brésil devient un empire sans empereur. Commence alors une période parsemée de rébellions, qui ne s'estompent qu'à l'anticipation de la majorité de Pedro II, proclamée à 14 ans.
Rio de Janeiro, capitale du Portugal
Quand les troupes de Napoléon envahissent le Portugal - celui-ci est l'allié de l'Angleterre, ennemie de la France -, en 1807, le roi Dom João n'a d'autre choix que de franchir l'océan Atlantique et de se réfugier au Brésil. Le transfert de la Couronne mobilise de nombreux navires de l'escadre britannique. Arrivé à Rio, le roi tente de recréer une ambiance à l'européenne, et c'est sans doute grâce à cela qu'une bibliothèque, une banque et le sublime Jardim Botânico sont créés. Le Portugal, le Brésil et l'Algarve deviennent un royaume uni - avec Rio pour capitale - lorsque Napoléon est vaincu et la carte d'Europe redessinée. C'est seulement en 1821 que Dom João revient à Lisbonne, après avoir nommé son fils aîné, Dom Pedro, prince régent du Brésil.
D'un royaume stable à la république
A l'opposé de son père et prédécesseur, Pedro II est un souverain érudit mais sans passion. Seuls les voyages en Europe et de vagues échanges culturels entre ce continent et le Brésil présentent un intérêt à ses yeux. En monarque éclairé, Pedro II s'emploie à amener la « civilisation » aux tropiques. L'administration est laissée à la charge des ministres, le Brésil ayant adopté entre-temps un régime parlementaire. L'exploitation du café, les premiers efforts d'industrialisation, la création de lignes de chemin de fer, de chantiers navals, d'entreprises de transport urbain, ainsi que la multiplication des banques et compagnies d'assurances garantissent la stabilité économique et politique du Brésil, malgré la fin du trafic négrier imposée par l'Angleterre. Moins motivé par des considérations humanitaires que par des contraintes économiques - le commerce d'esclaves avait été interdit en Guyane et aux Caraïbes -, le Royaume-Uni décide d'intercepter les navires dans tout l'océan Atlantique et d'emprisonner les transporteurs d'esclaves, minant ainsi l'un des commerces portugais les plus lucratifs.
Bien que prospère, le Brésil s'engage dans une guerre pour le contrôle stratégique de la région du fleuve de la Prata, à la convergence de quatre pays : Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay. Les trois premiers écrasent leur voisin en scellant une alliance. A la fin de la guerre du Paraguay, les conflits s'enchaînent cette fois-ci à l'intérieur du pays, opposant Pedro II aux républicains et abolitionnistes, qui en sortent vainqueurs.
Les premières vagues d'immigration
De retour de la guerre du Paraguay, parfois même décorés, des milliers d'anciens esclaves refusent de retourner aux champs en tant que captifs. D'autres avaient reçu la promesse d'être libres en échange de leur engagement. Les idées libertaires gagnant peu à peu du terrain, la monarchie ne peut empêcher la « Loi d'Or », qui décrète la fin définitive de l'esclavage, en 1888. Une fin qui n'est pas du goût des propriétaires terriens. Pour se venger, ils s'engagent dans le camp des républicains. Ainsi, l'abolition de l'esclavage précipite la décrépitude de l'empire. La république est proclamée en 1889 alors que le pays accueille les premières grandes vagues d'immigrants. En vingt ans, pas moins de trois millions d'Italiens, Allemands, Espagnols, Suisses, Slaves ou encore Portugais, recrutés pour le travail agricole dans les fermes du Sud-Est et du Sud, s'installent ainsi au Brésil. Japonais et Arabes suivent au début du XXe siècle.
L'exploitation du café, déjà très importante, devient une source inépuisable de richesse et donne naissance à une élite socio-économique dont le pouvoir subsiste encore. En clair, trois Etats du sud-est brésilien (São Paulo, Rio de Janeiro et Minas Gerais) gèrent toujours, à eux seuls, 60 % du PIB national.
La période dite de la « Première République » s'achève en 1930 lorsque, pour la première fois de son histoire, le gouvernement est renversé par la force.
Le régime Vargas
La révolution libérale qui propulse Getúlio Vargas au pouvoir cherche à mettre un terme à l'hégémonie de l'oligarchie de São Paulo. Elle est engendrée par l'effondrement du cours du café et le krach de Wall Street, en 1929. Le gouvernement précédent avait d'ailleurs dû acheter une grande partie de la récolte pour la brûler dans les locomotives ! Pendant trois ans, Vargas hésite à convoquer l'Assemblée constitutionnelle prévue par la révolution. C'est seulement en 1934 que la nouvelle Constitution est promulguée, décrétant le vote obligatoire, y compris pour les femmes.
L'année suivante, le président se heurte au groupe communiste de Luis Carlos Prestes. Ancien soldat, Prestes avait, huit ans auparavant, conduit une colonne de 1 500 hommes marchant sur 25 000 km, du sud au nord du pays. Le mouvement protestait, lui aussi, contre les oligarchies de la Première République. En 1935, le leader de la gauche prépare un complot contre celui qui montre déjà des ambitions de dictateur. Getúlio découvre le plan, annule les élections, dissout le congrès et instaure l'Estado Novo. Prestes, quant à lui, passe la décennie suivante derrière les barreaux alors que sa femme, la communiste juive Olga Benário, est livrée, enceinte, à la Gestapo. Elle meurt dans un camp nazi, en 1942.
Le Brésil dans la Seconde Guerre mondiale
Autoritaire, le régime Vargas est, pourtant, à l'origine de la création du ministère du Travail ainsi que de la consolidation des droits des salariés. Malgré le populisme flagrant, il n'est pas seulement contesté par les partis de gauche. A l'extrême droite, l'Action intégriste brésilienne, d'inspiration fasciste, se montre mécontente de l'extinction des partis politiques à la suite du coup d'Etat. Le groupe tente de prendre le palais présidentiel de Rio de Janeiro d'assaut, en 1938, sans succès puisque le président conserve son pouvoir, avec l'appui de l'armée.
Luttant contre les fascistes sur le plan interne et subissant les pressions des Etats-Unis, le Brésil bascule finalement dans le camp des Alliés et envoie, en 1940, 25 000 hommes sur le front italien. C'est le seul pays d'Amérique latine à s'engager dans la Seconde Guerre mondiale. Cependant, la participation à l'effort de guerre pour la démocratie et contre le totalitarisme ébranle la stabilité interne du régime. Vargas est renversé par un coup d'Etat militaire en 1945, avant de revenir au pouvoir par suffrage universel cinq ans plus tard.
Brasília : la capitale au milieu du désert
Au centre d'une tourmente politique qui culmine lors de l'attentat contre le plus ardent de ses opposants, le président se suicide d'une balle dans le coeur, en 1954. Deux ans plus tard, Jucelino Kubitschek accède à la présidence, grâce à la devise « Cinquante ans en cinq » et un projet aussi ambitieux que risqué : déplacer la capitale au coeur géographique même du pays, région désertique à l'accès difficile. Brasília est née d'un trait de génie de l'urbaniste Lúcio Costa. Une croix, symbole des conquêtes des grands navigateurs, dessinée sur une feuille blanche, a été le point de départ de son élaboration. Mais la ville, située sur le Plateau Central, à 1 200 m d'altitude, est aussi et surtout le résumé et l'apogée de l'oeuvre d'Oscar Niemeyer, l'un des architectes les plus importants de ce siècle. En inaugurant Brasília seulement quatre ans après cette croix griffonnée sur le papier, Kubitschek réussit son pari - et provoque la concrétisation de la hantise de tout Brésilien depuis presque quarante ans : l'inflation.
Durant cette période, le Brésil n'invente pas seulement une nouvelle conception urbaine, mais également un certain rythme, mélange de samba et de jazz, qu'il exporte ensuite dans le monde entier. La bossa nova enchante le pays quand il est surpris par la dictature militaire.
Vingt ans de répression
Après l'inventeur de Brasília est élu à la présidence Jânio Quadros, homme politique aux slogans conservateurs et moralistes. Après moins d'un an d'exercice, il démissionne, sans qu'on connaisse, encore aujourd'hui, les réelles motivations de son départ. Le vice-président João Goulart, de gauche, ne peut prêter serment qu'après maints conciliabules du Congrès et l'adoption à la hâte par celui-ci du régime parlementaire, réduisant considérablement le pouvoir du nouveau président. Un pouvoir de courte durée, puisqu'en mars 1964, les militaires s'en emparent, instaurant au Brésil une dictature qui va durer vingt ans. Deux décennies qui voient un défilé de généraux à la présidence et une succession de décrets, dont l'objectif est de supprimer les droits constitutionnels des citoyens.
Emprisonnements, tortures, disparitions et assassinats deviennent monnaie courante, et les opposants au régime qui en ont les moyens s'exilent par milliers en Europe. Constamment envahies par l'armée, les universités sont l'une des principales cibles d'une chasse aux « subversifs » qui atteint le summum de la terreur entre 1969 et 1974. Durant cette période « des années de plomb », artistes, journalistes, éditeurs, enseignants ou encore personnalités de l'église catholique sont frappés par une censure implacable.
Le miracle économique et la fin de la dictature
Le durcissement politique est soutenu par une croissance économique aussi fulgurante que lourde de conséquences. Le PIB bondit chaque année d'environ 12 %, au même rythme que la dette extérieure, tandis que les marchés s'ouvrent sans conditions à l'investissement étranger. De cette époque datent les projets les plus coûteux et parfois les plus insensés, comme la construction de la route transamazonienne. C'est aussi la période de l'accélération de l'inflation.
Le gouvernement suivant, celui du général Geisel, fils d'immigrants allemands, initie un long processus d'ouverture politique, mené à terme par son successeur, João Baptista Figueiredo, dernier militaire au pouvoir.
A la fin des années 1970, le paysage politique du pays est secoué par la naissance du Parti des Travailleurs, le PT, issu des mouvements syndicaux de la région industrielle de São Paulo. Dirigé par Luis Inácio Lula da Silva, plus connu comme Lula, le PT est toujours le principal parti d'opposition. A deux reprises, il a failli remporter les élections présidentielles, en 1989 et 1994. Finalement, après les années noires, le premier président élu par suffrage universel, en suivant les règles d'une nouvelle constitution, est Fernando Collor de Mello.
Un seul mot dans toutes les bouches : « Impeachment ! »
Collor de Mello s'autoproclame « le chasseur de maharadjahs ». Avec ce slogan, et grâce à l'appui des conservateurs et de représentants des médias, il promet de moraliser la politique. Son mandat dure trois ans, durant lesquels la corruption atteint des sommets. Un vaste réseau de caisses noires est dénoncé par le frère même du président, amenant ce dernier devant une commission d'enquête parlementaire. Après trois mois de procès sur fond de manifestations populaires, Collor est déchu de son mandat et condamné à huit ans d'inéligibilité.
Avec une inflation déchaînée, aux environs de 2 500 %, l'appauvrissement vertigineux des populations urbaine et rurale, la flambée de la violence dans toutes les grandes villes, le discrédit des institutions politiques et administratives, le Brésil est en pleine déconfiture lorsque le vice-président Itamar Franco est catapulté au pouvoir. Son ministre des Finances, le sociologue Fernando Henrique Cardoso, instaure le Plan Real, ultime recours contre l'inflation. Fort du succès de ce programme économique, FHC, comme on l'appelle au Brésil, remporte les élections suivantes et celles de 1998.
Si la dévaluation de la monnaie est contrôlée, l'inflation maîtrisée, la dette extérieure renégociée, la vie des Brésiliens n'est pas pour autant devenue facile. Le fossé qui sépare les exclus des couches privilégiées reste intact. Devant ce constat, les Brésiliens ont donné leur soutien à une plateforme sociale et élu l'ancien tourneur et leader de la plus grande centrale syndicale d'Amérique latine, Luis Inácio Lula da Silva, à la tête de l'Etat. Le président Lula, l'un des dirigeants les plus charismatiques de la planète, devait jongler avec une politique libérale, qui rassure les investisseurs étrangers, et ses promesses d'un pays juste. Du point de vue économique, le Brésil a pu éloigner un quelconque risque d'inflation, mais la croissance n'a pas été au rendez-vous. Pour 2006, l'indice n'a pas dépassé la barre des 2,9 %, bien en- dessous des performances des autres pays émergents. Sur le plan social, les plus démunis ont pu bénéficier de la « bourse famille », une allocation souvent associée au simple assistanat, mais qui a assuré Lula d'être réélu en 2006. Le Parti des Travailleurs, longtemps considéré comme ultime rempart contre la corruption, n'a d'ailleurs pas échappé a une série de graves affaires touchant les plus hauts échelons de l'équipe gouvernementale.
« Diretas Já ! »
C'est l'histoire d'une mobilisation populaire pour la fin de la dictature. Le point de départ est donné lorsqu'un député, Dante de Oliveira, dépose un amendement à la Constitution, permettant que le président de la République soit élu par scrutin direct. Le texte n'est pas approuvé, mais les manifestations qu'il suscite finissent par chasser définitivement les généraux du pouvoir. En avril 1984, un million de personnes descendent dans les rues de São Paulo et de Rio, alors que des centaines de milliers gagnent les autres capitales du pays, criant le slogan « Diretas Já ! » (« élections directes immédiatement ! »). Tous les partis d'opposition sont réunis autour d'un seul objectif, le retour à la démocratie.
En 1985, le président est encore élu par le collège électoral, mais c'est un civil, Tancredo Neves. Il meurt avant de prêter serment. Son vice-président, José Sarney, accède au pouvoir et poursuit le processus d'ouverture politique.









