Les clés du passé des Emirats
Mal connues, les origines de Dubaï ne remontent vraiment qu'à 1833, avec l'arrivée de la dynastie Al-Maktoum. Auparavant, l'histoire de l'émirat se confond avec celle, plus générale, de la péninsule d'Oman.
Les premières civilisations (de 3000 av. J.-C. au IIIe siècle)
Il y a quinze mille ans, le golfe Persique était une vaste plaine marécageuse au pied des montagnes de l'Iran. Celle-ci fut à nouveau inondée lorsque remonta le niveau des océans après la dernière glaciation. Le premier signe d'habitat, sur l'île de Dalma, remonte à six mille ans.
On sait peu de choses sur l'histoire antique de la région. La découverte de tombes aux environs de Dubaï, sur les sites archéologiques d'Al-Ghusais et d'Al-Sufooh, témoigne de vies humaines remontant à 3000 av. J.-C. D'après les textes mésopotamiens, le sud-est de la péninsule Arabique relevait de la civilisation Magan, qui émergea aussi mystérieusement qu'elle disparut. Les nombreuses « villes oasis » étaient gardées par de massives forteresses circulaires. Essentiellement agricoles, ces colonies furent les premières à utiliser le cuivre, extrait des monts Hajar, à la frontière omanaise.
La période Wadi Suq (2000-1300 av. J.-C. fut prospère, en partie grâce au commerce du cuivre qui transitait par Bahreïn, avant d'être exporté vers des pays plus lointains. Durant l'âge de fer (1300-300 av. J.-C.), la domestication du dromadaire créa un nouveau moyen de transport et révolutionna l'économie régionale. En même temps, l'introduction des principes d'irrigation permit de développer l'agriculture et entraîna une explosion démographique dans toute la péninsule d'Oman.
Après les invasions des Perses de Darius, l'Arabie du Sud-Est se libéra de toute domination étrangère au IIIe siècle av. J.-C. Ni Alexandre le Grand ni ses successeurs, pourtant vivement attirés par les possibilités marchandes de la région, ne réussirent à imposer une hégémonie grecque. Cette époque est appelée Mileiha (300 av. J.-C.-0), d'après le nom d'une ville prospère située dans l'arrière-pays de Sharjah. L'Arabie était alors traversée par d'immenses caravanes transportant des épices, des pierres précieuses, du bois, que les bateaux rapportaient d'Inde. Depuis le Yémen, la route de l'Ouest montait vers Najran et Gaza pour desservir l'Egypte, la Grèce et Rome. Ensuite, ce fut au tour d'Ad-Door, dans le pays d'Umm al-Quwain, de devenir la localité phare, jusqu'en 250.
L'influence perse (de 240 à 630)
Elle se répandit avec l'arrivée au pouvoir de la dynastie sassanide en Iran du Sud-Ouest. En témoignent les pièces et les poteries découvertes à Kush, Umm al-Quwain et Fujairah. Pendant toute cette période, le commerce et le transport maritime demeurèrent les activités principales des zones côtières. Dibba, sur le golfe d'Oman, était une ville marchande animée et l'un des deux ports arabes, avec Sohar à Oman, utilisés par les voyageurs venant d'Orient et d'Occident.
La période islamique (à partir de 630)
L'arrivée de la tribu des Omeyyades anéantit la diversité religieuse, et la région fut contrainte par les armes de se convertir à l'islam. A la mort du prophète Mahomet en 632, une terrible bataille opposa à Dibba les envahisseurs aux tribus locales. Ces dernières perdirent 10 000 hommes, morts au combat. Dès 637, les armées islamiques utilisèrent Julfar, à côté de Ras al-Khaimah, comme avant-poste dans leur mainmise sur l'Iran. En 892, c'est encore à Julfar que débarquèrent les Abbassides, lancés à la conquête d'Oman. La ville resta le plus grand port des futurs émirats jusqu'au XVIIe siècle. Une autre cité, Jumeirah, fut pendant deux siècles une étape importante pour les caravanes qui partaient de la côte vers l'intérieur de l'Arabie. Elles étaient chargées de marchandises d'Orient, de pierres précieuses de Sri Lanka et de perles pêchées localement. Le Golfe connut alors un gros commerce maritime. De grands vaisseaux partaient pour sillonner l'océan Indien et s'aventuraient même jusqu'au Viêtnam et jusqu'en Chine.
La domination européenne (de 1498 au XIXe siècle)
Jusqu'au XVIe siècle, la péninsule d'Oman a ainsi été à l'extrémité de l'une des routes terrestres reliant la Méditerranée à l'océan Indien. Avec la découverte de la route maritime du Cap, la péninsule devint un lieu de relâche pour les navires qui se dirigeaient vers les Indes après avoir suivi les côtes orientales de l'Afrique. De là l'intérêt que montrèrent les Portugais, puis les Anglais.
La présence portugaise
Les liens commerciaux noués avec le royaume d'Ormuz, établi sur l'île de Jarun, furent rompus après 1498 lorsque les Portugais, guidés par les navigateurs arabes, doublèrent le cap de Bonne-Espérance et vinrent s'installer dans le Golfe. Les nouveaux envahisseurs imposèrent un impérialisme hostile, fortifiant les villes et les ports les plus importants, brûlant les autres et faisant d'Ormuz et de Mascate leurs bases principales. Durant un siècle et demi, ils exploitèrent à leur profit l'économie de la région. En 1657, la flotte omanaise les chassa.
L'arrivée des Anglais
Au XVIIIe siècle, le Golfe attira les convoitises des Hollandais, des Français et des Anglais, puissances rivales dans l'océan Indien. Les Britanniques finirent par s'imposer et obtinrent un partenariat commercial avec Oman. En revanche, ils rencontrèrent la résistance des Al-Qawasim à l'ouest de la péninsule. Cette puissante tribu, installée à Ras al-Khaimah et à Sharjah, possédait une flotte de plus de 60 navires capables de transporter près de 20 000 marins. De 1800 à 1820, de nombreux affrontements opposèrent les deux camps. Les Anglais en sortirent finalement vainqueurs.
Ibn Majid, le « lion de la mer »
Né vers 1435 à Julfar, dans le nord de Ras al-Khaimah, Ahmad Ibn Majid descendait d'une longue lignée de marins arabes intrépides. Il fut l'un des navigateurs qui aidèrent le Portugais Vasco de Gama à trouver sa route entre l'Afrique et les Indes. Sa réputation légendaire lui vient aussi de ses écrits, essentiellement des poèmes. Celui intitulé Al-Sofaliya comporte 805 vers et relate un voyage entre les Indes et Sofala, sur la côte du Mozambique. Son grand traité, Fawa'id, récapitule les connaissances maritimes de l'époque, fournit des détails très précis sur l'océan Indien et les principaux ports de la région et fait appel aux travaux des premiers astronomes arabes.
Le vieux Dubaï (du XVIIIe siècle à 1912)
D'abord village côtier, Dubaï n'accéda au rang de ville et de territoire qu'avec le début de la dynastie Al-Maktoum en 1833. C'est avec elle qu'on peut parler de la naissance de l'émirat.
Les origines de la ville
Les historiens ont plusieurs théories sur la signification de « Dubaï ». Selon certains, ce nom pourrait venir de dab, mot arabe désignant un lézard vivant dans le désert. Durant des siècles, Dubaï ne fut qu'un village où cohabitaient pêcheurs, plongeurs de perles et Bédouins. Au début du XVIIIe siècle, l'instabilité régionale le rendit inhospitalier. Il fut victime de sa situation à la frontière des deux grandes tribus opposées de la péninsule : les Al-Qawasim, au nord-est, et les Bani Yas, au sud. La région subit aussi l'effet de la rivalité entre les wahhabites d'Arabie saoudite et l'Empire ottoman.
L'avènement de la dynastie Maktoum
Au début du XIXe siècle, une division politique intervint au sein de la communauté des Bani Yas, qui occupait depuis le XVIe siècle l'oasis de Liwa dans le désert d'Abu Dhabi. L'une de ses tribus, les Al-Bu Fusalah, migra alors au nord, et c'est ainsi que quelque 800 personnes entreprirent le long et périlleux voyage jusqu'à l'embouchure de Dubaï. Leur chef, Sheikh Maktoum bin Buti, prit le pouvoir aux dépens du dirigeant d'alors, Mohammed bin Hazza. La nouvelle famille régnante, qui allait donner six souverains à Dubaï entre 1833 et 1912, s'établit le long de la Creek, probablement à l'emplacement de l'actuel quartier de Shindagha.
En 1892, les cheikhs de la péninsule signèrent un traité d'exclusivité avec les Britanniques, soucieux de maintenir la libre circulation de la Royal Navy sur la route des Indes. En échange de leur protection, les Anglais interdirent aux futurs émirats d'entretenir des relations indépendantes avec une quelconque autre puissance. A cette époque, la Russie concentrait ses efforts sur l'Iran, tandis que la France tentait de propager son influence depuis Oman jusqu'au Koweït.
La physionomie de Dubaï ne changea qu'à partir de la fin du XIXe siècle. En 1894, Sheikh Maktoum bin Hasher al-Maktoum accorda des exemptions de taxes aux grands marchands de la région.
La période florissante
Ce geste commercial incita de nombreux commerçants à quitter progressivement Sharjah, le sud de l'Iran, ainsi que l'Inde, pour venir pratiquer l'importexport à Dubaï. Des Perses construisirent alors de belles maisons de corail blanc. Ils érigèrent sur leurs toits des tours à vent, créant le premier système de climatisation dans la ville. Très proches du gouvernement, ces marchands opportunistes participèrent largement à la transformation de la ville. En 1903, il est fort probable qu'ils aient aidé la famille Al-Maktoum à persuader une compagnie maritime anglaise d'abandonner sa base iranienne de Lingah au profit de Dubaï, qui bénéficia alors de liens directs avec les Indes britanniques. Ainsi se constitua le port le plus florissant de la côte. Abondamment approvisionnés, les souks du quartier de Deira comptaient en 1908 environ 350 magasins.
Pourquoi la « côte de la Trêve » ?
En 1830, un conflit éclata entre les tribus Al-Bu Fusalah et Al-Qawasim, aboutissant à la destruction des bancs d'huîtres perlières. En vue de les reconstituer, les Anglais jouèrent les arbitres et exigèrent des cheikhs une trêve en 1835. D'abord renouvelable tous les ans, cette trêve fut prévue en 1843 pour une période de dix ans, puis remplacée par un véritable traité de paix maritime qui donna à la côte occidentale de la péninsule omanaise le surnom de « côte de la Trêve ». La pêche perlière retrouva son essor et constitua la base de l'économie du sud du Golfe jusque dans les années 1930.
Le déclin de l'activité perlière (années 1930)
Alors que la pêche aux huîtres perlières connut dans le Golfe son apogée aux XVIIIe et XIXe siècles, elle fut frappée de plein fouet dans les années 1930 par le lancement des cultures artificielles au Japon. En pleine crise économique mondiale, les Etats-Unis et l'Europe se tournèrent naturellement vers le marché asiatique, où les perles fines étaient moins onéreuses et produites en grandes quantités. Pour assurer la survie de Dubaï et un retour à la prospérité, Sheikh Saeed, au pouvoir depuis 1912, et surtout son fils Sheikh Rashid comprirent qu'il était temps de développer de nouvelles formes de revenus en diversifiant l'économie.
Le début de l'essor (1958-1966)
A la mort de son père, Sheikh Rashid prit en main l'avenir de Dubaï. Grand visionnaire, il s'attacha à assurer le bienêtre présent et futur de la population. Epaulé par son fils aîné Sheikh Maktoum, il entreprit une série de projets ambitieux et coûteux, souvent aidé financièrement par les grandes familles de marchands. Il ordonna le dragage de la Creek, qui commençait à s'envaser, et fit agrandir les quais. Sont également à son actif l'ouverture d'écoles et d'hôpitaux, l'installation de l'électricité, la construction du premier hôtel et de nouveaux quartiers résidentiels. Un aéroport international fut mis en service en 1960, et le pont Al-Maktoum relia pour la première fois les rives de Deira et Bur Dubai.
Naissance des Emirats arabes unis
En 1968, les Anglais annoncèrent leur intention de se retirer du Golfe trois ans plus tard. L'union faisant la force, Sheikh Zayed, souverain d'Abu Dhabi, décida alors de nouer des liens plus étroits avec les émirats. Appuyé par Sheikh Rashid, il proposa la création d'une fédération qui rassemblerait la côte de la Trêve ainsi que Qatar et Bahreïn. Le 2 décembre 1971, Abu Dhabi, Dubaï, Sharjah, Umm al-Quwain, Fujairah et Ajman prirent officiellement le nom d'Emirats arabes unis, bientôt rejoints par Ras al-Khaimah.
Une modernisation spectaculaire (de 1966 à 2000)
Les premières réserves de pétrole furent découvertes en 1966 dans l'émirat. Fidèle à ses convictions, Sheikh Rashid utilisa les ressources de l'or noir pour continuer à améliorer la qualité de vie et fit des paris audacieux destinés à faire de Dubaï une mégapole. En 1972 fut inauguré Port-Rashid, capable d'accueillir de gros navires. A partir du milieu des années 1980, les 30 km qui séparent le centreville et Jebel Ali furent l'objet d'une métamorphose. Du désert jaillit un quartier d'affaires avec deux files de gratte-ciel à l'architecture futuriste sur l'avenue Sheikh Zayed, en direction d'Abu Dhabi. Sheikh Maktoum poursuit depuis 1990 l'oeuvre de son père. L'une de ses plus belles réussites a été de transformer Jumeirah Beach, maintenant bordée par des hôtels aussi luxueux qu'extravagants.
Des projets fous, fous, fous !
Dubaï aime se lancer des défis inimaginables. Au large, une île artificielle en forme de palmier est prévue pour 2006 en face de Jumeirah Beach, puis une seconde courant 2008 devant Jebel Ali, puis une troisième de 80 km2, la plus grande, en novembre 2009. Recouvertes, entre autres, de villas et d'hôtels, elles offriront à l'émirat de précieux kilomètres de plages supplémentaires. The World, autre projet pharaonique, sera un archipel de 300 petites îles privées représentant un planisphère et situé à environ 5 km de la côte. La future tour Burj Dubai, annoncée comme le gratte-ciel le plus haut du monde avec plus de 700 mètres de haut et quelques 200 étages, devrait être terminée en 2008. Et que dire du projet d'hôtel sous-marin Hydropolis et de Falcon City of Wonders, futur complexe résidentiel et touristique en forme de faucon qui a l'ambition d'intégrer des répliques des 7 Merveilles du Monde dont la Tour Eiffel !

