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Voyage Egypte : Histoire

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Voyage Egypte

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Les clés du passé

Le trésor de Toutankhamon, les dieux à tête de chien ou d'ibis, la beauté des bas-reliefs et la grandeur des pyramides : comme l'Egypte nous a fait rêver pendant les cours d'histoire ! Et comme ces quelques images sont réductrices d'une civilisation de trois millénaires ! Tout commença, un jour, au bord du Nil...

Des hommes sauvés des sables

Au paléolithique, le climat tropical qui règne sur l'Afrique du Nord cède peu à peu la place à l'aridité et au désert. Repoussés par l'inexorable extension du Sahara, les chasseurs nomades se regroupent le long du Nil.
Progressivement, ces groupes humains se sédentarisent. Au cours du néolithique (-10 000 à -6 000 ans av. J.-C.), ils érigent des villages, font l'apprentissage de l'agriculture, de l'élevage, de la poterie et du tissage. Déjà, leur vie est rythmée par les crues du fleuve.
Cinq millénaires avant notre ère, les villages se regroupent en petites principautés, chacune adorant ses propres divinités. Peu à peu, deux royaumes voient le jour, l'un au nord, dans le delta (Basse-Egypte), l'autre au sud, dans la vallée du Nil (Haute-Egypte). Le souverain du Nord arbore une couronne rouge; son voisin du Sud, une couronne blanche.

Le temps des pharaons

La naissance d'un Etat

Trois mille deux cents ans avant notre ère, peu après l'apparition de l'écriture hiéroglyphique, le royaume du Sud envahit celui du Nord. Le puissant roi Narmer, incarnation du dieu Horus, devient ainsi le premier souverain de la première dynastie. Il coiffe le pschent, la double couronne rouge et blanc, qui symbolise, pour les trois millénaires à venir, l'unité des deux royaumes.
Les deux premières dynasties, installées à This, près d'Abydos, s'attachent à construire un Etat centralisé, dirigé par un monarque absolu et une administration très hiérarchisée. La plupart des institutions égyptiennes apparaissent à cette époque. Les rites funéraires sont fixés. L'écriture se développe et, avec elle, la puissance des scribes, ancêtres de nos bureaucrates modernes. L'irrigation est planifiée à grande échelle. A la lisière du delta, surgit la ville de Memphis, future capitale de l'Ancien Empire.

L'Ancien Empire (2640 à 2152 av. J.-C. : Ire - VIe dynasties)

C'est l'ère des témoignages éclatants de la toute-puissance des pharaons. Djoser, fondateur de la IIIe dynastie, se fait construire, à Saqqara, un monumental ensemble funéraire. Son ministre-architecte, Imhotep, y inaugure l'emploi à grande échelle de la pierre de taille et impose la forme pyramidale pour le tombeau royal.
Les pyramides à faces lisses sont construites par les pharaons de la IVe dynastie. Mais on ne sait pas grand-chose de Khéops, Khéphren et Mykérinos. Peu de textes de cette époque ont survécu au temps.
Les pharaons mènent une politique étrangère très active : échanges commerciaux avec les cités du Levant, guerres de conquête contre la Libye, la Nubie et le Sinaï, dont les mines fournissent des matériaux précieux. Le clergé, maître de la ville sainte du dieu Râ, Héliopolis, pèse de tout son poids sur les pharaons, « fils de Râ ».
Bien que très développée, l'administration ne réussit pas à maintenir un Etat centralisé. Les nomarques, gouverneurs des provinces (nomes), échappent progressivement à l'autorité du pouvoir central. Ils transforment leur mandat, délivré par le vizir, en charge héréditaire. Malgré un règne centenaire - le plus long de l'histoire du monde - Pépi II ne réussit pas à rétablir la situation. Avec lui s'éteint la VIe dynastie et s'ouvre une période troublée, marquée par une révolution sociale violente.

La première période intermédiaire (2152 à 2040 av. J.-C. : VIIe - XIe dynasties)

Tueries, invasions, cultures dévastées, villages abandonnés, famines, pillages, profanations des tombeaux royaux et nostalgie de la grandeur des temps anciens : voilà le tableau, ô combien sombre, laissé par les textes de cette époque, les Lamentations d'Ipouour ou le Dialogue d'un Egyptien avec son âme.
Les rois se succèdent rapidement, renversés aussitôt qu'ils ont conquis le pouvoir, et l'Egypte se divise en deux royaumes. C'est de la capitale du Sud, Thèbes (l'actuelle Louxor), que viendront la paix et l'unité retrouvées.

Le Moyen Empire (2040 à 1783 av. J.-C. : XIe et XIIe dynasties)

Mentouhotep 1er, roi de Thèbes, met quinze ans à reconquérir toute l'Egypte. Il remplace les nomarques par des fonctionnaires fidèles et protège le pays des invasions en faisant construire des fortifications face au Sinaï. Renouant avec la prospérité, l'Egypte reprend sa politique d'expéditions militaires contre la Libye et la Palestine et reconquiert la Nubie. Amménémès 1er, fondateur de la XIIe dynastie, abandonne Thèbes pour le Fayoum, plus central. La civilisation s'épanouit : langue et littérature dites « classiques », chefsd'oeuvre artistiques et démocratisation politique.
Le pouvoir religieux reste à Thèbes : c'est sa divinité locale, Amon, associée à Râ, qui prend le pas sur les autres. Osiris, lui, règne sur le royaume des morts et ouvre les portes de l'au-delà à tous les justes. Jusqu'au Moyen Empire, seuls le pharaon et ses proches franchissaient ces portes...

La deuxième période intermédiaire (1783 à 1550 av. J.-C. : XIIIe - XVIIe dynasties)

Les rois de la XIIIe, puis de la XIVe dynastie, ne brillent guère au firmament des pharaons. Faibles, incapables de maintenir l'unité du pays, ils laissent les Hyksos prendre possession du delta. Ces tribus sémites venues de haute Syrie jouissent, il est vrai, d'une avance technique considérable, connaissant le fer et surtout le cheval et la roue.
Pour la première fois de son histoire, l'Egypte est donc dirigée par des étrangers. Encore une fois, le salut vient de Thèbes : utilisant les armes de ses adversaires, la XVIIe dynastie reconquiert peu à peu le Nord.

Le Nouvel Empire (1550-1070 av. J.-C. : XVIIIe - XXe dynasties)

Revoici donc le temps de la splendeur de Thèbes. C'est le règne dieu Amon et des pharaons les illustres. Le temple de Karnak, la rive est du Nil, tout entier dédié à la divinité, prend une ampleur fastueuse. La rive ouest devient nécropole : le premier, Aménophis 1er fait ériger sa tombe dans la vallée des Rois. Hatchepsout, la reine-pharaon, y fait construire son complexe funéraire : le temple de el-Bahari.
Son neveu et successeur, Thoutmosis III, triomphe militairement repousse les frontières de l'Empire, qui s'étend désormais de l'Euphrate à la quatrième cataracte du Nil. richesses, or, matières premières précieuses et esclaves, affluent des terres conquises. Elles assoient le pouvoir de Pharaon et, plus encore, celui tout-puissant clergé d'Amon.
Aménophis IV tente de contrecarrer cet Etat dans l'Etat. Il rejette Amon, ses prêtres et le reste du panthéon des dieux pour n'en honorer plus qu'un seul : Aton, le disque solaire. Il prend pour nom Akhenaton, quitte Thèbes avec sa belle épouse, Néfertiti, et fonde une nouvelle capitale : Amarna. Trop pacifiste sans doute, il ne prend pas garde aux menaces qui s'accumulent et laisse les Hittites s'emparer des positions égyptiennes en Asie.
Son gendre abandonne la nouvelle religion, revient à Thèbes, remet à l'honneur le culte d'Amon et se fait appeler Toutankhamon. Sa mort précoce ne lui permettra pas de laisser une grande trace dans l'histoire, si ce n'est par les merveilles inouïes de son tombeau, découvert intact.
Ses successeurs, les Ramessides, grande lignée de militaires, utilisent les armes pour asseoir leur pouvoir et redonner à l'Egypte sa grandeur écornée. Séthi 1er chasse les Hittites de Palestine. Son fils, Ramsès II, les bat à la bataille de Qadesh, avant de signer un traité de paix. Guerrier, Ramsès II est aussi un grand constructeur : c'est à lui que nous devons Abou Simbel, le Ramasseum et la salle hypostyle de Karnak.
Ramsès III sera le dernier grand pharaon. Ses successeurs ne sauront lutter contre l'effritement du pouvoir central. Querelles de palais, pillages des tombes royales, troubles sociaux, corruption à grande échelle : le Nouvel Empire se termine sans panache.

La Basse époque (1070-333 av. J.-C.)

Le clergé d'Amon est si puissant qu'il contrôle lui-même la Haute-Egypte, laissant aux rois de Tanis le pouvoir sur la Basse-Egypte.
Les pharaons de Saïs tentent bien, pendant cent cinquante ans, de faire renaître la civilisation égyptienne. Mais cela sera de courte durée. Invasions éthiopiennes et perses, mise à sac de Thèbes, révoltes populaires contre les occupants étrangers : Alexandre de Macédoine est accueilli en libérateur quand il pose le pied sur le sol égyptien, en l'an 333 avant notre ère.

Grecs, Romains et Byzantins

Le règne des Ptolémées (333-30 av. J.-C.)

Les Grecs ne souhaitent pas s'aliéner la population. Ils s'attachent donc à respecter la tradition et Alexandre le Grand lui-même se rend dans l'oasis de Siwa, où l'oracle d'Amon lui confirme sa nature divine.
Avant de repartir pour d'autres conquêtes, Alexandre décide de construire un port sur la Méditerranée : ce sera Alexandrie. Puis il confie l'administration du pays à son lieutenant Ptolémée. Celui-ci montera sur le trône d'Egypte selon le rite pharaonique, en 306 av. J.-C., et fondera ainsi la dynastie ptolémaïque. En hommage aux dieux égyptiens, les Ptolémées érigeront de nouveaux temples dans la vallée du Nil : Edfou, Kom Ombo, Dendera.
Alexandrie, capitale cosmopolite, illumine la Méditerranée de tout son éclat : éclat de son phare, bien sûr, mais aussi éclat de sa bibliothèque, de son musée, de l'esprit de ses savants, philosophes et poètes, opulence de ses négociants juifs, perses et syriens.
Le peuple, qui ne profite guère des richesses, se révolte. Ptolémée XII se voit contraint d'en appeler au gouverneur romain de Syrie pour rétablir le calme à Alexandrie. Rome, qui accoste ainsi en Egypte, entend bien y instaurer son autorité. C'est chose faite en 50 av. J.C., lorsque le pays passe sous la tutelle du sénat romain.

Cléopâtre, reine tragique (51-30 av. J.-C.)

Cléopâtre VII, fille de Ptolémée XII, partage le trône d'Egypte avec son frère Ptolémée XIII, qui est aussi son époux. Dans le conflit qui éclate entre les deux cosouverains, Jules César prend le parti de la reine et l'aide à conserver le pouvoir. Désormais son alliée fidèle, elle devient sa maitresse et lui donne un enfant, Césarion.
César meurt, assassiné par un groupe de sénateurs dont Brutus. C'est Antoine qui prend en main la destinée de l'Egypte. Une fois encore, Cléopâtre déploie son charme et le nouveau maître du pays n'y résiste pas : « Si le nez de Cléopâtre avait été plus long... », dit-on.
Le couple sera néanmoins défait par Octave-Auguste et Césarion, assassiné. Le vainqueur a les mains libres pour faire de l'Egypte le « grenier de l'Empire ». Les premiers touristes affluent : ce sont des notables romains.
La civilisation antique s'éteindra définitivement avec les derniers textes hiéroglyphiques, en 394. Neuf ans auparavant, l'édit de Théodose contre le paganisme a fait fermer les temples. Le christianisme triomphe des dieux égyptiens.

L'Egypte chrétienne (40-639 ap. J.-C.)

C'est l'évangéliste Marc qui introduit le christianisme en Egypte, en l'an 40. Il devint le premier évêque d'Alexandrie, ville dans laquelle il meurt en martyr en 63, après avoir gagné de nombreux adeptes.
Le nouveau culte séduit d'autant plus les Egyptiens qu'il rappelle, par certains aspects, le culte osirien : symbolique du vin, résurrection du dieu et au-delà pour les justes, riches ou pauvres.
Les Romains persécutent les fidèles. Certains se réfugient dans le désert , à l'exemple des ermites saint Antoine et saint Paul, qui partent vivre dans des grottes nichées dans les montagnes arides.
En 313, l'empereur Constantin autorise la liberté de culte. Les chrétiens peuvent enfin vivre leur foi au grand jour. A la mort de Théodose, en 395, l'Egypte est rattachée à l'Empire romain d'Orient.
Dans la capitale, Constantinople, les querelles théologiques font rage. La doctrine monophysite, qui refuse l'Incarnation du Christ, est considérée comme hérétique. Au concile de Chalcédoine, en 451, le patriarche d'Alexandrie, Dioscore, adepte du monophysisme, est démis de ses fonctions.
Les chrétiens égyptiens se révoltent. Emeutes et excommunications se succèdent, sans faire plier les Egyptiens. A la fin du VIe siècle, l'église copte (version arabe du mot « égyptien ») conquiert son indépendance. Aujourd'hui encore, elle est placée sous l'autorité du patriarche d'Alexandrie.

L'Egypte musulmane

Les pierres du Caire (639-1250)

Sept ans après la mort de Mahomet, en 639, les cavaliers arabes entrent à Memphis. Amr Ibn al-As, leur chef, fonde le camp militaire de Fostat, au sud du Caire actuel. La population égyptienne, lasse de l'occupation byzantine, n'oppose aucune résistance.
La nouvelle religion se propage à la faveur de mariages mixtes et de conversions. La population vit au rythme de la succession des califes : les Omeyyades de Damas (661-750), les Abbassides de Bagdad (750-870) et les Toulounides (870-905).
En 969 arrivent de Kairouan les Fatimides, qui prétendent descendre de Fatima, la fille du Prophète. Ils décident de déplacer leur capitale sur les bords du Nil. Ce sera el-Qahira (« la Victorieuse » : Le Caire). Plaque tournante des échanges commerciaux entre l'Est et l'Ouest, entre le monde musulman et l'Europe chrétienne, siège de la brillante université d'el-Azhar (fondée en 988), la ville fatimide brille de tous les feux de la civilisation islamique.
Le califat fatimide s'éteint sous les coups de boutoir des croisés. Envoyé par Bagdad, le Kurde Salah ed-Din Ayyoubi, connu en Occident sous le patronyme de Saladin, reprend les choses en mains.
Formidable guerrier redouté par les Francs, le fondateur de la dynastie des Ayyoubides maîtrise aussi l'art de la défense et fait construire l'imprenable citadelle du Caire. Lui et ses successeurs barrent efficacement la route aux croisés, qui ne dépasseront jamais Damiette, dans le delta.

Des Mamelouks aux Ottomans (1251-1798)

En 1250, Saint Louis, à la tête de la septième croisade, se fait menaçant. Le sultan ayyoubide envoie à sa rencontre ses mercenaires turcs, les Mamelouks. Profitant de leur victoire, les soldats prennent le pouvoir au Caire.
Leur règne, trois siècles durant, est ponctué d'intrigues et d'assassinats : chez les Mamelouks, le pouvoir est rarement héréditaire...
Néanmoins, l'Egypte prospère, profitant du commerce des Indes. Au Caire, les khan (maisons de commerce), les mosquées et les palais se multiplient.
Les soldats-sultans ne survivront pourtant pas à la découverte du cap de Bonne-Espérance : l'ouverture de la nouvelle route des Indes précipite la crise de l'économie égyptienne.
Les Turcs ottomans, qui ont pris Constantinople en 1453, lancent une offensive sur l'Egypte. En 1524, le pays devient une province ottomane, dirigée par des pachas, nommés par la « Sublime Porte » (califat de Constantinople), mais qui manquent d'autorité. Le pays perd sa puissance économique, s'enfonce peu à peu dans la misère et l'instabilité politique. En 1760, les Mamelouks, restés puissants, reprennent le pouvoir. La guerre civile durera jusqu'au débarquement de Napoléon Bonaparte, en 1798.

Vers la modernité (1798-1918)

La campagne d'Egypte du général Bonaparte (1798-1801)

Les Français se souviennent du « Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent... » Les Egyptiens, eux, gardent en mémoire les 38 000 soldats qui débarquent de la flotte ennemie le 12 juillet 1798 à Alexandrie.
Car l'expédition est bel et bien guerrière et stratégique. Il s'agit pour le général révolutionnaire de couper la route aux Anglais, qui convoitent le pays des pharaons. Mais Bonaparte, élevé aux idées des Lumières et de la Révolution, entend aussi apporter un message de progrès. D'où les 150 savants et artistes qui accompagnent le futur empereur.
A la bataille des Pyramides, le 21 juillet 1798, Napoléon écrase les Mamelouks. Au même moment, en rade d'Aboukir, les Anglais coulent les navires français. Il n'y a plus d'échappatoire possible pour les soldats de la Révolution : ils doivent administrer le pays.
Les réformes qu'ils tentent d'imposer, bien que progressistes, sont incomprises par la population. Celleci refuse l'occupation française.
Napoléon réussit à rentrer en France en laissant le général Kléber sur place. Celui-ci sera assassiné peu après.
En septembre 1801, l'armée française, harcelée et épuisée, doit capituler et rembarque à Aboukir. Dans ses bagages, elle rapporte la Description de l'Egypte, compilation monumentale des travaux des savants et des artistes.

Mohamed Ali et ses successeurs (1805-1875)

L'armée française laisse derrière elle un pays déchiré entre l'autorité des Turcs et la puissance des Mamelouks. La « Sublime Porte » envoie des contingents. La population, encouragée par les oulémas (religieux), prend fait et cause pour un jeune officier albanais, Mohamed Ali. Il débarrassera définitivement le pays des Mamelouks en faisant massacrer leurs chefs jusqu'au dernier... lors d'un banquet.
Mohamed Ali conduit à pas forcés l'Egypte vers la modernité: construction de canaux d'irrigation, développement de la culture du coton, mise en place d'une administration inspirée du système français.
Ambitieux, le souverain albanais entreprend aussi une politique de conquête extérieure : Arabie, Soudan, Syrie. Il échoue devant les troupes ottomanes, mais Constantinople, pour le calmer, lui accorde le pouvoir héréditaire en Egypte. Il s'éteint en 1849.
En 1854, Mohamed Saïd, dernier fils de Mohamed Ali, accorde à l'ingénieur français Ferdinand de Lesseps la concession du canal de Suez. C'est lui aussi qui charge Mariette de créer un musée des Antiquités égyptiennes.
Le canal, qui relie la mer Rouge à la Méditerranée, est inauguré en 1869 sous le règne du khédive Ismaïl, en présence de l'impératrice Eugénie et de nombre de têtes couronnées.

Tutelle occidentale 1875-1918)

Les fastes ne dureront pas et les spectacles donnés au tout nouvel opéra du Caire n'empêcheront pas les difficultés économiques. En 1875, Ismaïl vend les actions du canal de Suez à l'Angleterre. Mais brader le patrimoine national ne suffira pas à éponger les dettes, et le khédive est contraint, en 1876, d'accepter un condominium franco-anglais. Les finances de l'Egypte passent sous contrôle étranger.
La politique suit de près : en 1882, un corps expéditionnaire anglais débarque en Egypte, qui devient un protectorat. C'est le début d'une longue occupation, qui ne se terminera qu'en 1954.

Du nationalisme à la souveraineté nationale (de 1918 à nos jours)

De Saad Zaghlul à la chute de la royauté (1918-1952)

Les Egyptiens ne supportent guère l'occupation britannique et leur mise sous tutelle politique. Dirigée par un notable, Saad Zaghlul, une délégation qui deviendra plus tard un parti politique, le wafd, réclame l'indépendance. La Première Guerre mondiale est terminée, et les Arabes ont largement contribué à la défaite de l'Empire ottoman, allié à l'Allemagne. Intransigeants, les Anglais exilent Saad Zaghloul. Ils n'ont pas compris que le dirigeant nationaliste est aussi un héros populaire. Des émeutes éclatent. Le roi Fouad obtient le retour de Zaghloul et, en 1922, une indépendance qui se révèle purement formelle. Les Britanniques ne quittent pas les rives du Nil.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Egypte se range du côté des Alliés. Rommel est défait à la bataille d'el-Alamein, en 1942. Après la défaite de l'Axe, l'hostilité des Egyptiens à l'égard de l'occupant anglais ne fait que croître. D'autant qu'ils le considèrent comme l'allié du jeune Etat d'Israël, apparu en 1948.

Nasser, le ra'is (1954-1970)

La défaite des armées arabes en 1949, cuisante humiliation pour l'Egypte, précipite la fin de la royauté. Le 23 juillet 1952, un groupe de jeunes militaires nationalistes, les « Officiers libres », s'empare du pouvoir et oblige le roi Farouk à abdiquer.
Le 18 juin 1953, la monarchie est abolie et le général Naguib devient le premier président de la République arabe d'Egypte. Pour la première fois depuis la fin de la civilisation pharaonique, un Egyptien dirige l'Egypte...
L'homme fort du nouveau régime s'appelle Nasser. Il a 35 ans, et il sortira de l'ombre à la fin de 1954 pour devenir le ra'is (président).
Départ des Anglais, réforme agraire, nationalisations, constructions d'écoles et d'hôpitaux, abolition des privilèges accordés aux minorités : la politique du ra'is donne au petit peuple égyptien sa revanche sur les grandes familles.
Les arrestations et l'emprisonnement des opposants, Frères musulmans et communistes, n'altèrent pas la popularité de Nasser. Dans le tiers-monde, il est considéré comme le porte-parole des opprimés. Quand les Etats-Unis refusent de financer le haut barrage d'Assouan, il nationalise le canal de Suez et fait appel à des conseillers soviétiques.
Nasser prône le nationalisme arabe, dont l'Egypte doit être le fer de lance. En 1958, il tente de concrétiser son projet en alliant l'Egypte et la Syrie dans une éphémère République arabe unie. Après l'humiliante défaite de juin 1967 - l'armée israélienne occupe le Sinaï et Gaza -, Nasser démissionne. Avant de revenir au pouvoir sous la pression d'immenses manifestations populaires. Il s'éteint en 1970.

Sadate, le libéralisme et la paix (1970-1981)

Le nouveau ra'is, qui a vécu jusquelà dans l'ombre de Nasser, décide d'imprimer sa marque sur la politique égyptienne. Il prend ses distances avec l'Union soviétique et met fin au système du parti unique.
En 1973, après des années d'escarmouches, il lance une offensive contre les troupes israéliennes. L'armée égyptienne réussit à traverser le canal de Suez et à s'enfoncer dans le Sinaï. Les grandes puissances interviennent et font accepter un cessez-le-feu. Mais le mythe de l'invincibilité d'Israël est rompu et l'idée de la coexistence pacifique fait son chemin.
En 1978, à Camp David, l'Egypte et Israël négocient la paix. Saluée dans les capitales occidentales, la négociation est violemment critiquée par les pays arabes. L'Egypte se retrouve isolée, mise au banc de la nation arabe.
Dans le domaine économique aussi, Sadate opère un virage à 180° et opte pour le libéralisme économique. Mais la corruption qui règne discrédite le régime et les Frères musulmans en tirent profit. Le 10 octobre 1981, Sadate meurt sous les balles d'un petit groupe de militaires islamistes. Son peuple ne le pleurera guère.

Hosni Moubarak, la continuité

Le nouveau ra'is fait tout pour détendre la situation : il libéralise le régime et se rapproche des Etats arabes. Mais le pays connaît de lourdes difficultés économiques ; la population vit de plus en plus mal et voit avec une exaspération et un désenchantement croissants les parvenus s'enrichir sans vergogne. L'influence des Frères musulmans croît. La tension entre les coptes et les musulmans aussi. De petits groupes d'islamistes radicaux prennent les armes. A partir de 1992, des escarmouches parfois sérieuses opposent ces groupes aux forces armées égyptiennes. Après une pause de 1997 à 2003, les attentats islamistes ont repris avec une ampleur inégalée, notamment dans le Sinaï.

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