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Voyage Maroc : Histoire

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Voyage Maroc

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Les clés du passé

Les ruines de Volubilis, les splendeurs des villes impériales, le cosmopolitisme de Tanger, la modernité de Casablanca et de Rabat, les villages berbères de l'Atlas... Autant de repères qui, encore aujourd'hui, rendent compte de l'histoire originale du Maroc, le « Pays du soleil couchant ».

  • La préhistoire

    De quand date la présence humaine au Maroc ? Des fouilles ont mis au jour, sur la côte atlantique, à Casablanca et à Rabat, des mâchoires humaines et des outils préhistoriques estimés à 800 000 ans pour les plus anciens et à 150 000 ans pour les plus récents. Le Sahara actuel était alors en grande partie recouvert de forêts et de savanes herbues. Les dernières pluies régulières et abondantes datent, semble-t-il, de 6 000 ans avant notre ère. Peu à peu, le désert s'est imposé, faisant reculer les terres fertiles.
    Vers 5000 av. J.-C., des populations du Moyen-Orient se seraient établies au bord de l'Atlantique. Du mélange entre ces derniers et les premiers habitants du Maroc actuel descendraient les Berbères. Ces pasteurs pratiquent aussi la chasse et de la pêche, comme le prouvent des gravures découvertes dans le Haut Atlas, réalisées à l'âge du bronze (vers 1600 av. J.-C.).

  • L'arrivée des Carthaginois

    Venus de Tyr (Liban actuel), les Phéniciens, grands commerçants, fondent des comptoirs sur tout le pourtour méditerranéen jusqu'à l'Atlantique. Au Maroc, les navires chargent et déchargent leurs marchandises dans les ports de Liks (Larache), Lixus, Rusadir (Melilla) et Tingis (Tanger). Aucune de ces villes, cependant, ne peut porter ombrage à la fameuse Carthage, fondée au VIIIe siècle av. J.-C., symbole de la puissance économique et militaire des Phéniciens. Sa richesse insolente inquiète les Grecs, puis les Romains. Les escarmouches se transforment en conflit ouvert avec Rome.
    En 143 avant notre ère, Rome décide d'en finir. Le siège de Carthage dure trois ans. En l'an 146, la ville est détruite ; le Maroc, comme l'ensemble du Maghreb, passe sous tutelle romaine.
    Les Berbères et les autres peuples dominés par les Carthaginois ne pleurent guère leurs anciens maîtres. Certes, ils ont appris l'usage du fer, la culture de la vigne et celle de l'olivier. Mais les fermiers étaient lourdement exploités, les habitants enrôlés de force dans l'armée. Tant et si bien qu'une partie de la population du Maroc actuel s'était réfugiée dans l'Atlas, lançant sporadiquement des attaques contre la puissance occupante.

  • La domination romaine

    Après s'être contentés, pendant près d'un siècle, de maintenir des garnisons, les Romains envoient des colons, chargés de mettre en valeur les plaines fertiles et de fournir Rome en produits agricoles. Le triangle Tanger, Rabat, Fès devient ainsi partie intégrante, avec le reste de l'Afrique du Nord, du « grenier de l'Empire ». Quelques décennies avant notre ère, le royaume de Maurétanie (du nom de ses habitants, les « Maures »), qui recouvre le Maroc et le nord de l'Algérie actuels, entre dans une période troublée. Intrigues, assassinats de princes héritiers et révoltes se succédent. Vers l'an 40 apr. J.-C., l'empereur Claude envoie des armées prendre possession de la province et la divise en deux : à l'ouest, la Maurétanie Césarée (Oranie et Algérois), à l'est, la Maurétanie Tinigitane, du nom de sa capitale, Tingis (Tanger). Certes, la province est romaine. Les ports de Lixus et Tingis, la ville de Volubilis, centre mineur de la civilisation gréco-romaine, le prouvent. Mais les tribus berbères du Rif ont réussi à préserver leur indépendance. En outre, la population paie un lourd tribut au pouvoir central : impôts, soldats, esclaves pour les jeux du cirque.
    Pas plus que le reste de l'Afrique du Nord, la province n'est donc épargnée par les troubles qui secouent l'Empire romain dans la seconde moitié du IIIe siècle. Progressivement, Rome se retire, laissant le champ libre aux tribus locales, pour se cantonner, à partir de l'an 265, dans l'enclave de Tingis.
    Au IVe siècle, le christianisme se répand en Afrique du Nord, d'autant plus rapidement que l'empereur Constantin se convertit en 313. Ni les Vandales, qui accostent sur les côtes marocaines au milieu du Ve siècle, ni Byzance, qui succède à Rome en Méditerranée, ne s'imposent vraiment aux tribus berbères, décidément rétives à toute occupation étrangère.

  • La conquête musulmane

    En 639, les cavaliers musulmans venus de la péninsule arabique entrent au Caire et conquièrent l'Egypte. Mais il faut attendre le chef Oqba ben Nafi al-Fihri et l'an 669 pour que les raids arabes au Maghreb soient couronnés de succès. La célèbre ville de Kairouan (Tunisie actuelle) est fondée vers 670 ; les cavaliers arabes et les fantassins berbères convertis à l'islam atteignent, dit-on, l'Atlantique vers 682. Les troupes conquérantes doivent cependant se replier vers la Libye après avoir essuyé une cinglante défaite face aux Berbères.
    A la fin du VIIe siècle, pourtant, l'étendard vert de l'Islam flotte sur une grande partie de l'Afrique du Nord. Les conversions à la nouvelle religion s'accélèrent. Aujourd'hui, 95 % des Marocains sont musulmans.
    En 711, un lieutenant de Moussa, Tariq ibn Ziyad, se lance à la conquête de l'Espagne. Des troupes berbères récemment converties franchissent derrière lui le détroit de Gibraltar.
    L'islam a donc durablement conquis le Maroc. Mais les dirigeants venus du Proche-Orient se sont aliénés les Berbères en les traitant en citoyens de seconde zone. Ceux-ci se rallient à la bannière du kharijisme, une secte qui s'oppose au pouvoir central et, une fois de plus, entrent en rébellion. Les gouverneurs arabes, représentants du califat ommeyyade de Damas, sont chassés en 740. Le Maroc se morcelle en une multitude de petits royaumes et principautés.

  • La dynastie idrisside (788-1055)

    En 786, Moulay Idriss, un descendant d'Ali, gendre du prophète, arrive au Maroc, fuyant les persécutions des Abbassides, qui régnaient sur Bagdad. Il s'installe à Volubilis. Deux ans plus tard, ayant rallié autour de sa personne la majorité des chefs berbères, il fonde la première dynastie marocaine. L'Etat marocain est né. Mais le calife de Bagdad, Haroun al-Rachid, le poursuit de sa vindicte. Moulay Idriss meurt empoisonné en 791, laissant un héritier en bas âge. Ce dernier, Idriss II, n'accède au pouvoir qu'en 803, à l'âge de 11 ans. Il rallie de nouvelles tribus, achève l'islamisation du pays et embellit la ville de Fès, fondée par son père en 789. A sa mort, en 829, il laisse à ses fils et à ses frères un Etat stable qui administre tout le nord du Maroc.
    Les héritiers ne se montrent guère à la hauteur. Certes, c'est à eux que nous devons les mosquées Qaraouiyne et al-Andalous, à Fès. Certes, au Xe siècle, la renommée de la cour idrisside attire les plus fins lettrés andalous. Mais le royaume perd progressivement son unité, déchiré entre l'influence des Omeyyades d'Espagne et celle des Fatimides de Tunisie. Le morcellement de l'Espagne précipite la chute des Idrissides, proclamés califes de Cordoue au début du XIe siècle.

  • Les Almoravides (1062-1125)

    La première dynastie marocaine, fondée par Moulay Idriss, s'effondre complètement sous les coups de boutoir des tribus almoravides, issues d'un monastère fortifié du désert (ribat ) et partisans d'un islam purifié. Après avoir conquis Fès, Youssef ben Tachfin fonde Marrakech en 1062. C'est du nom de cette capitale qu'est issu le nom « Maroc ». Puis Youssef ben Tachfin prend la tête de ses troupes et les lance à la conquête de l'Espagne. Ils y combattirent Rodrigo Diaz de Vivar, le fameux Cid de Pierre Corneille.
    A l'apogée de leur puissance, les Almoravides règnent sur un empire s'étendant de Saragosse, au nord de l'Espagne, au Sénégal. Mais ils se trouvent rapidement en butte à l'expansionnisme d'une autre tribu marocaine, elle aussi issue d'un ribat : les Almohades (« ceux qui proclament l'unité de Dieu »), musulmans professant un islam conservateur.

  • Les Almohades (1125-1269)

    Sous la direction d'Ibn Toumert, qui se prétend mahdi (envoyé de Dieu), les Almohades se révoltent, tout en prêchant une réforme religieuse radicale. De conquêtes en conquêtes, ils font reculer la dynastie almoravide, jusqu'à prendre Marrakech en 1147. Le successeur du mahdi,Abd al-Moumen, prend également le titre de calife, à l'instar de ceux de Bagdad et de Cordoue. Sous son règne, les Almohades conquièrent l'Afrique du Nord jusqu'à Tripoli (en Lybie actuelle). Mais c'est son plus illustre successeur, Yacoub al-Mansour (« le Victorieux »), qui porte l'empire almohade au faîte de sa puissance, combattant jusqu'en Espagne les armées portugaises et espagnoles de la Reconquista. L'empire almohade sera le seul et unique empire de l'Occident islamique.
    A Marrakech se pressent les plus grands savants de l'islam d'Occident, attirés et séduits par la puissance almohade. C'est au cours de cet âge d'or culturel que sont édifiées parmi les plus remarquables réussites architecturales marocaines : la Koutoubia de Marrakech, la mosquée Hassan de Rabat, lla Giralda de Séville.
    La mort de Yacoub al-Mansour, en 1199, porte un coup fatal à l'unité et à la centralisation de l'empire. S'ouvre alors une période troublée ponctuée de révoltes et d'échecs militaires en Espagne. La doctrine religieuse d'Ibn Toumert ne séduit plus. Finalement, le royaume almohade s'effondre sous son propre poids, et l'Afrique du Nord se trouve divisée en trois royaumes, qui correspondent peu ou prou à la Tunisie, l'Algérie et le Maroc actuels. Ce dernier tombe sous le contrôle des Mérinides.

  • Les Mérinides (1269-1415)

    Ils se heurtent à la reconquête espagnole et tentent, en vain malgré quelques succès, de secourir les musulmans au-delà du détroit de Gibraltar. Ils resteront dans l'histoire comme les créateurs de l'art hispa-no-mauresque. C'est à eux que les villes marocaines doivent leurs plus belles médersas (écoles religieuses). Les révoltes de Tunis et Tlemcen, conjuguées à la peste noire, fragilisent le royaume. Puis, au début du XVe siècle, les Espagnols mettent Tétouan à sac, se vengeant ainsi des actes de piraterie fomentés sous l'égide des Mérinides. Le coup de grâce vient des Portugais, qui, en 1415, s'emparent de Ceuta. Lisbonne se faisant de plus en plus menaçant, le pouvoir central étant mis à mal, le Maroc se retrouve divisé en deux royaumes instables : les Ouattasides à Fès, les Saadiens à Marrakech.

  • Les Saadiens (1525-1659)

    Au début du XVIe siècle, les Portugais tiennent plusieurs places fortes sur le littoral de la Méditerranée et sur les rives de l'Atlantique. Les Espagnols, de leur côté, se sont emparés de Melilla en 1497. L'occupation par les deux puissances chrétiennes freine le commerce transsaharien.
    C'est dans ce contexte que des descendants du Prophète venus de la vallée du Drâa (Sud marocain), les Beni Saad, appellent à la guerre sainte (le jihad ) contre les infidèles. Populaires, ils volent de succès militaires en victoires. Marrakech tombe entre leurs mains en 1524, suivi d'Agadir en 1541, puis de Fès en 1554. Vingt-quatre ans plus tard, les Portugais sont battus à la bataille des Trois-Rois et évincés de la terre marocaine.
    La puissance des Saadiens vient aussi du sud : en s'emparant de Tombouctou, qui contrôle la boucle du fleuve Niger, ils s'assurent la possession de la route empruntée par le métal précieux entre tous, l'or, et une « matière première » fort prisée à l'époque : les esclaves.
    L'échec de Lisbonne à conserver ses ports en terre marocaine n'avait cependant pas découragé les autres puissances européennes. Successivement, les Ottomans échouent dans leur tentative de conquérir le Maroc, et les Français dans celle d'établir une tête de pont à Essaouira (Mogador). Abandonnant (provisoirement) la politique de la cannonière, ces derniers réussissent à signer un traité à Marrakech en 1631. Il sera suivi de nombreux autres.
    La dynastie saadienne, pourtant, tremble sur ses bases. Au début du XVIIe siècle débarquent d'Espagne des vagues successives de musulmans chassés par la monarchie catholique. Ils installent à Salé une république indépendante (1620-1639), qui sert de base aux célèbres pirates et corsaires qui écument la Méditerranée et une partie de l'Atlantique.
    A partir de 1650, les Saadiens, déjà fort occupés à mater les rébellions locales, doivent en outre faire face à de nouveaux conquérants : les Alaouites, descendants de Hassan, fils d'Ali et de Fatima, la plus jeune fille du Prophète, originaires de la péninsule arabique et installés dans le Tafilalet (la ville d'er-Rachidiya tire son nom du fondateur de la dynastie alaouite, Moulay er-Rachid). La dynastie règne encore aujourd'hui sur le pays.

  • Les Alaouites (1650-1830)

    Après plus de quinze années de lutte, Moulay er-Rachid réussit à s'emparer du royaume en prenant Fès en 1666. Son frère et successeur, Moulay Ismaïl (1672-1727) s'attache à réunifier le royaume. Il accomplit son oeuvre avec cruauté, et c'est bel et bien un monarque absolu qui installe sa capitale à Meknès, surnommé le « Versailles marocain » Il réussit à contrer les Turcs, les Espagnols et les Portugais. Ces derniers ne conservent qu'une seule et unique base, Mazagan (aujourd'hui el-Jedida). Quant à la ville de Madrid, elle reste présente dans quatre ports de la côte nord du pays. Moulay Ismaïl, qui règne sur un empire s'étendant jusqu'au Sénégal, traite d'égal à égal avec ses contemporains, Louis XIV et Jacques II d'Angleterre.
    A la mort du sultan à la main de fer, le Maroc s'enfonce à nouveau dans des révoltes militaires qui le déstabilisent pour longtemps. Les monarques qui se succèdent n'ont pas l'autorité nécessaire pour rétablir la situation. Seul le règne de Sidi Mohammed, constructeur d'Essaouira, apporte un semblant de paix au pays. Il ouvre le royaume au commerce étranger et récupère l'enclave portugaise de Mazagan. Mais une conjonction de catastrophes naturelles (la sécheresse), d'épidémies (la peste) et de mutations économiques (l'arrêt de la piraterie) détériore l'économie, alors même que les tensions politiques extérieures s'accroissent.

  • L'intervention européenne (1830-1912)

    En 1830, la France, qui convoite l'Afrique du Nord, envoie ses canonnières devant Alger et commence la conquête de l'Algérie. Elle se heurte à la résistance farouche de l'émir Abd al-Kader, qui finit, battu, par se réfugier au Maroc. Le soutien du royaume chérifien au combattant légendaire ne plaît guère aux Français. En 1844, ils interviennent militairement, bombardent Mogador et Tanger.
    Le sultan Moulay Hassan, qui règne de 1873 à 1894, engage la modernisation du pays à grands coups de réformes économiques, administratives et militaires. Il ne peut, cependant, empêcher les puissances européennes d'étendre leur influence. Car la France n'est pas la seule à avoir des visées sur le Maroc : l'Espagne et l'Angleterre avancent également leurs pions. Madrid, Londres et Paris réussissent à imposer des traités et à installer des industries au Maroc, dont les bénéfices ne profitent guère aux « indigènes ». Le royaume se voit contraint d'emprunter aux banques européennes.
    En 1906, la conférence d'Algésiras établit la France et l'Espagne comme puissances mandataires de la Banque d'Etat du Maroc, nouvellement créée. Moulay Hafid, proclamé sultan l'année suivante, ne contrôle donc pas les finances de son pays. Cette mise sous tutelle de fait est mal acceptée et plusieurs ressortissants européens sont assassinés.
    De son côté, l'Allemagne, qui se considère tenue à l'écart, décide d'obtenir par la force ce qui lui a été refusé lors des négociations internationales : le 1er juillet 1911, la canonnière der Panther prend place face à Agadir. Un intense marchandage commence. Berlin obtient des concessions au Congo, qui la satisfont. Paris a les mains libres au Maroc.

  • Le protectorat (1912-1956)

    La même année, Moulay Hafid doit faire face à une rébellion de tribus qui finissent par assiéger Fès. Le sultan appelle à l'aide les troupes françaises et Paris en profite pour imposer le protectorat, établi par un traité signé le 30 mars 1912. Une zone d'influence est accordée à l'Espagne dans le nord du pays. Tanger sera déclaré zone internationale en 1923 par la Convention de Paris. Moulay Hafid abdique et laisse son trône à son frère Moulay Youssef.
    Sur le papier, le sultan continue à diriger le pays. Dans les faits, le pouvoir est entre les mains du gouverneur, ou résident général, de France. Paris nomme à ce poste le général Lyautey (qui deviendra maréchal). Celui-ci s'installe à Rabat, qui devient la capitale politique, et entreprend de grands travaux de modernisation du pays : construction de chemins de fer, d'ouvrages d'art, d'hôpitaux, développement de l'irrigation, exploitation des ressources minières.
    Les Berbères, cependant, n'acceptent pas le protectorat et entrent en lutte contre l'occupant. Les paysans du Rif se soulèvent, menés par Abd al-Krim. La guerre du Rif dure cinq ans, de 1921 à 1926. Après le départ de Lyautey, en 1925, l'administration française se fait plus directe encore et la colonisation s'accélère. Les sentiments nationalistes se développent dans les élites urbaines.
    Ils rencontrent une oreille attentive en la personne du président américain Roosevelt, mais les Forces françaises libres, qui ont participé au débarquement allié en Afrique du Nord, en 1942, refusent tout changement. L'aspiration à l'indépendance vient pourtant de très haut : le sultan Ben Youssef (qui deviendra le roi Mohammed V) en fait part au président américain lors de la rencontre d'Anfa, en 1943.
    A la fin de la guerre, le parti nationaliste el-Istiqlal (« l'Indépendance ») réclame l'indépendance complète. La tension monte. Grèves générales, manifestations se développent malgré une répression très dure.
    Mohammed V cache si peu ses sympathies nationalistes qu'il est déposé en 1953 et envoyé en exil. Les Français ont réussi à faire de lui un véritable héros populaire et doivent accepter son retour en novembre 1955, d'autant qu'ils sont en butte à un autre soulèvement : celui de l'Algérie, qui a débuté le 1er novembre 1954.

  • L'indépendance

    Elle est proclamée le 3 mars 1956 en zone française, le 7 avril dans la région administrée par l'Espagne (qui conserve, aujourd'hui encore, deux enclaves : Melilla et Ceuta). Le sultan Ben Youssef devient le roi Mohammed V en août 1957.
    A sa mort, en 1961, son fils, Hassan II, monte sur le trône. Il promulgue une Constitution en 1962. Les premières élections législatives se déroulent en 1963 dans un contexte politique tendu. L'état d'urgence est proclamé en 1965, l'année même où Ben Barka, secrétaire général de l'Union nationale des forces populaires (issue d'une scission au sein de l'Istiqlal ), est assassiné.
    Une nouvelle Constitution est adoptée en 1971. Quatre ans plus tard, Hassan II organise la « marche verte », au cours de laquelle 350 000 Marocains sans armes franchissent la frontière entre le Maroc et le Sahara occidental, toujours occupé par l'Espagne. L'ancien Sahara espagnol est partagé entre le Maroc et la Mauritanie, alors que le Polisario réclame l'indépendance de cette région. Un cessez-le-feu intervient en 1991 sous l'égide des Nations unies. Un référendum doit intervenir dans les prochaines années.
    1991 est aussi l'année de la Guerre du Golfe. La rue marocaine, comme dans la plupart des pays arabes, soutient Saddam Hussein. Mais Hassan II réussit à garder de bonnes relations avec les puissances occidentales et avec les Etats du Golfe.
    Parallèlement survient une amélioration dans le respect des droits de l'homme et une certaine ouverture politique. Après les élections de 1997, l'Union socialiste des forces populaires et le parti de l'Istiqlal entrent au gouvernement.
    Hassan II meurt le 23 juillet 1999, à l'âge de 70 ans. Les Marocains découvrent leur nouveau roi : Mohammed VI. Jeune (35 ans), moderne, il est très vite surnommé « M6 » par ses concitoyens. Son discours du Trône, dans lequel les mots clés sont « ouverture » et « changement » laisse entrevoir une personnalité bien différente de celle de son père. Le nouveau souverain remercie le redouté ministre de l'Intérieur de son père, Driss Basri, encourage des réformes administratives et prône l'abolition de la Moudawama, le statut de la femme qui fait d'elle une éternelle mineure. Malheureusement, les attentats terroristes de mai 2003, marquent la volonté de certains extrémistes de stopper l'ouverture vers plus de modernité initiée par le nouveau roi.

  • Les liens avec la France et l'Europe

    De profonds liens historiques, linguistiques et humains : rien d'étonnant que la France soit, aujourd'hui encore, le premier partenaire du Maroc. Les échanges entre les deux pays passent aussi bien par des rencontres culturelles que par la population marocaine immigrée en France, par les touristes français qui apprécient particulièrement cette destination ou par... les hommes d'affaires. Plus d'un quart des investissements extérieurs du Maroc et près de 40 % de ses exportations se font vers la France. Même si les échanges avec les autres pays sont moindres, le Maroc s'est beaucoup rapproché de l'Union européenne. En 1987, Hassan II demande à adhérer à l'Union. Refus. Mais un traité instituant une zone de libre-échange a été signé en 1996. D'ici 2012, toutes les barrières commerciales seront abolies. Ce qui suscite des craintes sur la rive nord de la Méditerranée : les produits marocains sont en effet très bon marché. Pour le royaume aussi, le pari est risqué : il doit, pour bénéficier du libre-échange, moderniser son économie.

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