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Voyage Mexique : Histoire

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Voyage Mexique

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Les clés du passé

Berceau des plus grandes civilisations amérindiennes, le Mexique devient la plus puissante des colonies espagnoles, avant de conquérir son indépendance. A travers une histoire tumultueuse, alliée au métissage des cultures, son peuple s'est forgé un caractère à toute épreuve.

La préhistoire

Alors que le peuplement du continent américain commence au cours de l'ère quaternaire, entre 70 000 et 50 000 av. J.-C., les premiers paléo-Indiens s'établissent au Mexique vers 30 000 av. J.-C., comme en témoignent les os et les pierres taillés découverts à El Cedral, dans le centre du Mexique (Etat de San Luis Potosí), les plus anciens signes de présence humaine dans la région.
Vers 9-7 000 av. J.-C., la plupart des peuplades chassent pour subsister. Mais certaines autres, notamment dans les vallées de Oaxaca et du Chiapas, privilégient la cueillette. Premiers agriculteurs d'Amérique centrale, ils commencent à cultiver un maïs rudimentaire aux environs de 5 000 av. J.-C., ainsi que des haricots, permettant leur sédentarisation progressive. Vers 2500-1500 av.
J.-C., des villages primitifs et l'apparition de poteries marquent la fin de l'archaïsme.

Les civilisations précolombiennes

Dans une méso-Amérique couvrant aujourd'hui le Mexique, le Guatemala, le Honduras et Belize, on distingue quatre grandes zones de peuplement : Mexico et la vallée centrale, la côte du golfe du Mexique, la péninsule du Yucatán et les collines fertiles du sud, de Oaxaca au Guatemala. Les connaissances acquises sur les ancêtres des Mexicains demeurent cependant partielles : 13 000 sites archéologiques ont été recensés au Mexique, dont seulement 1 % auraient été fouillés…

Les Olmèques (1500-600 av. J.-C.)

Considérée comme la mère des civilisations méso-américaines, la culture olmèque apparaît aux environs de 1500 av. J.-C., dans les plaines côtières du golfe du Mexique. Les Olmèques, « hommes du pays du caoutchouc », en langage náhuatl, disposent déjà d'une écriture, comme en témoignent les 400 hiéroglyphes de la stèle de La Mojarra, découverte en 1986 à Veracruz. Ils sont aussi sculpteurs et bâtisseurs de génie et édifient, à La Venta (Etat de Tabasco), la première pyramide de la région, haute de 31 m. Surtout, ils taillent dans le basalte de colossales têtes d'hommes-jaguars, dont la fonction demeure mystérieuse. Au déclin des Olmèques, vers 600 av. J.-C., s'ensuivent plusieurs siècles de silence, au cours desquels aucune grande cité ne se distingue. La population continue cependant de croître, conjointement aux progrès de la poterie et de l'agriculture.

Les cités-Etats de la période classique (200 av. J.-C.- 900)

La construction de Teotihuacán, à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Mexico, et de ses deux grandes pyramides de la Lune et du Soleil, au IIe siècle, marque le début de l'âge d'or des civilisations méso-américaines. La métropole, qui compte jusqu'à 200 000 habitants au VIe siècle, étendra son rayonnement commercial, religieux et artistique, mais aussi politique, jusqu'aux premières cités mayas, dans le nord de l'actuel Guatemala. Aux environs de 750, la ville est détruite par un gigantesque incendie. L'influence de Teotihuacán décline brusquement, d'autres peuples s'émancipent. Dans la vallée de Oaxaca, les Zapotèques (300-900) édifient les centres religieux de Monte Albán et Mitla et brillent par leur maîtrise de l'écriture, de l'algèbre et de l'astronomie. Dans l'Etat de Veracruz, à l'est, El Tajín (400-900), attribué aux Huastèques, glorifie des divinités qui seront reprises par de nombreuses tribus de l'Altiplano. A la même période, naît, dans la forêt du Péten, au Guatemala, la plus illustre des cultures méso-américaines : celle des Mayas.

Le jeu de pelote

Sans doute inventé par les Olmèques, le juego de pelota, ou jeu de balle (tlachtli en langue náhuatl), a été pratiqué par presque toutes les civilisations précolombiennes. Les terrains avaient la forme d'un I ou d'un T, délimités par des murs ornés de bas-reliefs. Deux équipes de joueurs s'y affrontaient pour envoyer, avec leur hanche, leur coude ou leur genou, une balle de caoutchouc à travers un cercle de pierre. Le cérémonial symbolisait le combat entre le jour et la nuit, entre la vie et la mort : la balle, figurant le soleil, ne devait toucher terre, sous peine d'interrompre symboliquement la course de l'astre. A l'issue du match, l'une des équipes avait l'honneur d'être sacrifiée. Gagnants ou perdants, on ignore encore qui goûtait à ce privilège…

Les Mayas (200 - 1450)

Par leurs réalisations architecturales et artistiques, et leurs connaissances astronomiques et mathématiques, les Mayas furent une des plus grandes civilisations de l'humanité. Izapa, à l'extrême sud du Mexique, près de la côte pacifique, en serait le berceau : les premières stèles narratives et pyramides à gradins et toiture en fausse voûte y sont construites aux environs de 200 ap. J.- C. Les Mayas se regroupent dans de petites cités-Etats autonomes : Dzibilchaltun, près de Mérida, Nakbé, au Belize, El Mirador, Copan et Tikal, dans le Péten. Ils excellent en astronomie et en mathématiques (ils connaissent le zéro), tandis que leurs artistes exécutent de magnifiques peintures murales. Celles retrouvées à Bonampak et Palenque sont autant de témoignages exceptionnels sur la vie des souverains, les cérémonies religieuses ou les batailles que se livraient les cités mayas. Leurs rivalités semblent avoir été le moteur d'une forte émulation artistique, chacun voulant surpasser les splendeurs de son voisin.
Au Xe siècle, l'agriculture intensive et la déforestation, conséquences d'une forte pression démographique, épuisent irrémédiablement les sols. Disettes, guerres fratricides, révoltes paysannes contre un pouvoir totalitaire déciment alors les principales cités du Péten. A la même époque, une armée toltèque venue du centre du Mexique conquiert le nord du Yucatán. Leurs coutumes guerrières insufflent une renaissance artistique aux cités-Etats maya-puuc, dont Uxmal, Mayapan et Chichén Itzá. Un demi-siècle avant l'arrivée des Espagnols, des guerres intestines affaiblissent définitivement les dernières principautés mayas, détruisant notamment leur ultime grande cité, Mayapan.

Le calendrier maya

Les Mayas étaient des astronomes avertis, calculant la révolution du soleil et de la lune sur un calendrier de 365 jours : l'année était divisée en 18 mois de 20 jours, complétée par 5 jours considérés comme maléfiques. Sur ce calendrier s'emboîtait le tzolkin, calendrier rituel comportant 260 jours, rythmé en 13 périodes de 20 jours. L'ensemble s'insérant dans un compte long de cycles de 144 000 jours, qui aidait à connaître le passé et à prévoir les futures éclipses solaires et lunaires. Une arme stratégique pour les prêtres-souverains…

Le postclassicisme et la domination aztèque (900 - 1521)

Un siècle après la chute de Teotihuacán, le centre du Mexique est dominé par une nouvelle civilisation, encline aux guerres et aux sacrifices humains : les Toltèques, qui établissent leur capitale à Tula, dont subsistent aujourd'hui les fameux Atalantes, quatre guerriers géants de basalte noir alignés face au soleil. Au XIIIe siècle, ils sont chassés par les Chichimèques, nomades venus du nord. Dans la vallée de Oaxaca, les Mixtèques effacent les Zapotèques. Au Michoacán, les Tarasques assurent leur puissance régionale grâce à leur habileté à tailler l'obsidienne, pierre de sacrifice, et à travailler le fer. A la fin du XIVe, c'est au tour des Azteca (gens d'Aztlan, leur lieu originel) d'élire domicile dans la vallée centrale, dans une bourgade nommée Mexica. En 1428, l'alliance scellée avec deux cités voisines, Texcoco et Tlacopán, marque le début de l'expansion de Mexico-Tenochtitlán et de l'Empire aztèque. La métropole, qui compte plus de 200 000 habitants, dans une vallée peuplée d'un million d'âmes, est gourmande : les villes soumises doivent payer un tribut à l'Empire, qui reprend et magnifie les avatars des civilisations précédentes : hiérarchie de castes, jeux de balle, temples pyramidaux et sacrifices humains… Lors de l'inauguration du Grand Temple, en 1487, 20 000 prisonniers sont sacrifiés. Face à cette surenchère, la haine qu'éprouvent les autres tribus à l'égard des Aztèques grandit. Seuls les Tlaxcaltèques échapperont à leur joug. C'est sur eux que s'appuiera le conquistador Cortés pour vaincre les armées mexica-aztèques. Une époque s'achève, la colonisation du Mexique peut commencer…

L'arrivée des conquistadors

Le 15 février 1519, le conquistador Hernán Cortés part de Cuba à la tête d'un corps expéditionnaire de 500 hommes armés, 17 chevaux et 10 canons. Il longe les côtes du Yucatán, et affronte des petits groupes mayas hostiles. Le 21 avril, aux environs de l'actuelle Veracruz, il établit un premier contact avec des émissaires du souverain aztèque Moctezuma II. Celui-ci considère le conquérant espagnol, juché sur un cheval blanc, comme une réincarnation de Quetzalcóatl, le Serpent à plumes. Sa méprise lui sera fatale : Cortés l'utilisera pour endormir sa méfiance. Il brise les velléités, de retour à Cuba, de certains de ses soldats en sabordant les galions, et marche vers Mexica-Tenochtitlán. En novembre, alors que ses troupes s'extasient devant les splendeurs de la métropole, le conquistador est reçu par Moctezuma. Leur séjour dure six mois, mais l'hostilité envers les Espagnols grandit. Pour se protéger, le colonisateur emprisonne Moctezuma. Des affrontements inévitables éclatent, Moctezuma est tué, et l'armée espagnole tente de fuir. Les survivants de cette noche triste, la « nuit triste », au cours de laquelle plusieurs centaines d'Espagnols et d'Indiens sont massacrés, parviennent à Tlaxcala, au sud de Mexico. Aidé de près de 100 000 Indiens Totonaques et surtout Tlaxcaltèques, Cortés repart à la conquête de la capitale aztèque. Les canons ravagent la cité, qui tombe après trois mois d'assaut, le 13 août 1521. Capturé, Cuauhtémoc, le dernier empereur aztèque, sera assassiné quelques mois plus tard.

La Nouvelle-Espagne

Sur les ruines de Tenochtitlán se construit la capitale de la Nouvelle-Espagne, baptisée Mexico. Surpeuplée d'Indiens, de soldats et de colons espagnols, elle incarne rapidement l'identité mestiza (métisse) du Mexique. Trois ans plus tard, l'ensemble du territoire aztèque est soumis, et organisé en encomiendas, autant de petites principautés attribuées par Cortés à ses meilleurs soldats, qui peuvent y prélever l'impôt et faire travailler les Indiens. Des villes entières sont transformées en colonies esclavagistes, avec la bénédiction de l'Eglise d'Espagne, qui christianise massivement les indigènes. A partir de 1527, la Nouvelle-Espagne est gouvernée par une audiencia, dont les cinq membres font régner un pouvoir judiciaire et administratif implacable. En 1540, l'ensemble du Yucatán est soumis. Seul territoire échappant, jusqu'au début du XVIIe siècle, au contrôle espagnol : les plateaux semi-désertiques au nord de Guadalajara, où les Chichimèques attaquent le moindre convoi colon isolé. Mais, au fur et à mesure de la découverte de gisements argentifères et de la construction de puissantes cités minières sur les hauts plateaux du Nord-Ouest, la région sera pacifiée. Cette colonisation brutale décime les Indiens : de 20 millions en 1521, ils passeront à 2 millions en 1580. Les missionnaires franciscains et dominicains tentent de prendre leur défense, mais l'évangélisation et la construction de nombreux monastères, parfois fortifiés, permettent aussi au pouvoir espagnol d'assurer son emprise au Mexique. L'esclavage est aboli en 1550, mais la société coloniale fonctionne tel un apartheid : les colons venus d'Espagne, les Gachupines, concentrent tous les pouvoirs, les Criollos (Créoles), Espagnols nés au Mexique, forment la nouvelle bourgeoisie, les Métis grossissent les classes populaires et les Indiens deviennent de véritables hors-castes, soumis à un travail acharné dans les grandes propriétés agricoles et les mines d'argent, d'or ou de cuivre. C'est en soulevant cette population démunie, profondément croyante, qu'au début du XVIIIe siècle les premiers indépendantistes mexicains, notamment des prêtres influencés par les idées nouvelles de la Révolution française, entameront la lutte contre le pouvoir colonial espagnol.

La lutte pour l'indépendance

Alors que Napoléon Bonaparte envahit l'Espagne, en 1808, les rébellions se multiplient au Mexique, fomentées par des prêtres criollos et parfois soutenues par les richesses de l'Eglise. Le 15 septembre 1810, le prêtre Miguel Hidalgo y Costilla, lance son « cri de dolorès » : « Mes enfants, voulez-vous être libres ? Voulez-vous faire l'effort de reprendre aux Espagnols honnis les terres volées à vos aïeux il y a 300 ans ? Vivent les Amériques ! Mort aux Gachupines. » La foule devient vite une armée rebelle, s'emparant des villes de Zacatecas, San Luis Potosí et Valladolid, mais bute sur l'armée espagnole aux environs de Mexico. Hidalgo est fait prisonnier et exécuté, mais un prêtre métis, José María Morelos y Pavón, prend la tête des rebelles. Mexico résiste plusieurs mois, alors qu'un premier gouvernement indépendantiste s'esquisse autour de Morelos et de Vicente Guerrero. En 1813, un congrès à Chilpancingo proclame l'indépendance et abolit les différences raciales. En 1814, la Constitution d'Apatzingan proclame la création de la République du Mexique. Morelos meurt au cours d'une embuscade, en 1815. Les troubles se poursuivent entre loyalistes et indépendantistes jusqu'en septembre 1821, lorsque le vice-roi de la Nouvelle-Espagne, Agustín de Itúrbide, tourne le dos à l'Espagne et officialise l'indépendance. En échange, il devient empereur du Mexique. Son règne ne dure que deux ans, avant qu'un coup d'Etat n'établisse une république fédérale sur le modèle des Etats-Unis, administrant le pays en 19 Etats et 4 territoires. C'est le début d'une longue période d'instabilité politique. Les caudillos se succèdent à un rythme aussi sanglant qu'effréné : l'un d'entre eux conservera le pouvoir à peine une heure avant d'être assassiné…

Santa Anna, président à répétition (1831-1855)

En 1829, à la faveur d'une prise de pouvoir par Guerrero, les dernières troupes espagnoles sont chassées du Mexique par l'armée du général Antonio López de Santa Anna. Ambitieux et démagogue, auréolé de prestige militaire, Santa Anna renverse Guerrero en 1831 et l'exécute. Il devient président en 1833, et se fait réélire 11 fois, jusqu'en 1855, à la faveur des joutes politiques entre libéraux et conservateurs. Surtout, il engage le Mexique dans plusieurs guerres contre les Etats-Unis, perdant à chaque fois une partie de ses territoires du Nord. En 1836, après la célèbre bataille de fort Alamo, le Texas échappe au contrôle mexicain. En 1848, le traité de Guadalupe Hidalgo cède définitivement le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie aux Etats-Unis. En 1853, l'Arizona est vendu pour 10 millions de dollars. La révolution d'Ayutla, conséquence de cette cession, met le vieux général définitivement hors jeu en 1855.

Benito Juárez, le réformateur (1855-1871)

En 1854, le Plan d'Ayutla, rédigé par un gouvernement provisoire, entame le Mouvement de la Réforme. Celui-ci, prônant une abolition des privilèges, notamment du clergé, provoque une scission politique entre libéraux, partisans des réformes et conservateurs. Elle entraîne une guerre civile de cinq ans, dont les libéraux sortent vainqueurs.
En 1861, un Indien Zapotèque, Benito Juárez, cheville ouvrière de la Réforme, est élu président. Mais il hérite d'un pays en ruine, qui ne peut plus honorer sa dette extérieure. En représailles, la France convainc l'Angleterre et l'Espagne d'envahir le Mexique. Leurs troupes débarqueront à Veracruz, mais seules les armées coloniales de Napoléon III poursuivront leur avancée.
L'empereur français veut porter l'archiduc Maximilien de Habsbourg sur le trône mexicain, et contrer ainsi l'expansionnisme américain. Soutenu par les conservateurs et l'armée française, l'empereur Maximilien 1er et son épouse, l'impératrice Charlotte, parviendront à Mexico le 12 juin 1864, tandis que Juárez et son gouvernement s'exilent dans le nord du pays. Soumis à la pression militaire américaine, Napoléon III retire ses troupes deux ans plus tard. Les troupes libérales de Juárez vainquent les derniers fidèles de Maximilien, qui est fusillé contre un mur de Querétaro, le 19 juin 1867. Désormais au pouvoir, Juárez entame enfin ses réformes économiques et éducatives, et entraîne le Mexique dans l'ère industrielle.

Le Porfiriato et l'industrialisation mexicaine (1872-1911)

Porté par une popularité gagnée dans ses batailles contre les Français, le général José de la Cruz Porfirio Díaz prend le pouvoir en 1876. Commence alors un règne dictatorial de trente ans : le Porfiriato, synonyme d'ordre et de progrès. Le Mexique s'équipe de voies ferrées, du téléphone et du télégraphe, la prospection minière et pétrolière attire les investisseurs étrangers, tandis que toute tentative d'opposition politique est fortement réprimée.
S'inspirant des grands travaux haussmaniens, à Paris, Mexico devient la « ville-lumière des Amériques ». Mais les inégalités sociales se creusent, attisant le syndicalisme et les idées révolutionnaires dans les milieux ouvriers et agricoles. En 1908, un réformateur, Francesco Madero, prône la restauration de la démocratie et se présente, contre Porfirio Díaz, aux élections présidentielles de 1910. Díaz le fait arrêter, mais celui que l'on appellera le Léon Blum mexicain parvient à s'échapper et appelle le peuple aux armes, le 20 novembre 1910. La révolution est en marche.

La guerre des pâtissiers

En 1838, sous prétexte de porter assistance à certains de ses ressortissants, pâtissiers de profession, qui réclament à des Mexicains le paiement de certaines dettes, un escadron de la marine militaire française bombarde le port de Veracruz et s'empare du fort de San Juan de Ulua. Les Français sont chassés quelques semaines plus tard, mais cet épisode restera connu sous le nom de « guerre des pâtissiers ». L'armée de Napoléon III débarque à nouveau en 1862, mais est battue à Puebla par l'armée mexicaine, le 5 mai 1862. Un jour de fête nationale au Mexique.

La Révolution mexicaine

Alors que l'armée conservatrice de Díaz réprime brutalement les madéristes à Mexico, les paysans sans terres se soulèvent contre les hacendados, les grands propriétaires terriens. Dans l'Etat de Morelos, les peones sont emmenés par un des leurs, Emiliano Zapata, qui devient chef suprême du mouvement révolutionnaire du Sud. A Cuidad Guerrero, des mineurs armés forment les « Drapeaux rouges », commandés par un ancien cheminot, Pascual Orozco, qui s'allie avec la bande d'un voleur de bétail, Pancho Villa. Leurs méthodes de guerrilla - mobilité, intrépidité et surprise - déciment les contre-attaques de l'armée fédérale. Ils pillent les casernes de leurs armes et se retirent avant l'arrivée de renforts. Bientôt, Cuidad Juárez tombe aux mains de Pancho Villa, et Zapata prend le contrôle du Guerrero. Les Etats-Unis soutiennent Madero, contraignant Díaz à s'exiler à Paris. Madero est élu président le 6 novembre 1911, mais s'avère un piètre chef d'Etat. Le 9 février 1913, un coup d'Etat militaire fait vaciller Madero. Celui-ci appelle à la rescousse le général Victoriano Huerta, un proche de Díaz, qui négocie secrètement avec les généraux putschistes. Aussi félon que brutal, Huerta fait assassiner Madero, son frère Gustavo et le vice-président Pino Suárez, et prend le pouvoir. Une dictature implacable s'installe, mais la révolution ne fait que commencer.

Les alliances impossibles (1913-1926)

D'étranges alliances se nouent. Orozco rallie Huerta, et aide les troupes fédérales à combattre Pancho Villa, qui a repris les armes. Il attaque les trains, qu'il utilise pour acheminer troupes et armes. Le 14 novembre 1913, la garnison de Ciudad Juárez reçoit un télégramme annonçant l'arrivée d'un convoi de troupes fraîches. Le train sert en fait de cheval de Troie à Villa et sa célèbre Division du Nord, qui conquièrent la ville en quelques heures. Pendant les six premiers mois de 1914, les rebelles s'approchent irrémédiablement de Mexico : Zapata gagne du terrain au sud et au nord, Villa reçoit l'aide opportune du gouverneur de l'Etat de Coahuila, Venustiano Carranza, et des troupes du général Alvaro Obregón, qui contrôle le nord-ouest du pays. Le 23 juin 1914, Zacatecas tombe aux mains de Villa, à l'issue d'une bataille stratégique contre Orozco et les fédéraux. Deux semaines plus tard, Obregón s'empare de Guadalajara. Huerta fuit le Mexique, déclenchant entre les nouveaux maîtres du pays une sourde bataille pour le pouvoir. Le 6 décembre, Villa et Zapata et leurs soldats défilent dans les rues de Mexico, mais les deux héros retournent bien vite dans leurs campagnes, écoeurés par les intrigues politiques. Pendant plusieurs années, les rebelles se retranchent dans leurs montagnes, échappant à tout contrôle fédéral, tandis qu'à Mexico Carranza accède à la fonction suprême. Le 10 avril 1919, Zapata tombe dans un piège mortel. Villa dépose les armes et négocie une retraite méritée dans une hacienda. Mais, le 23 juillet 1923, il est assassiné dans les rues de Parral, petite ville du nord.

La révolte des Cristeros (1926-1929)

Le Mexique, las de tueries, se stabilise pendant une poignée d'années. Obregón succède à Carranza à la présidence, suivi de Plutarco Calles. Mais ces politiciens réformistes se trouvent un nouvel ennemi : l'Eglise, qu'ils accusent de conservatisme réactionnaire. Les francs-maçons, qui dominent les affaires et la politique, considèrent le culte comme « une affaire de bonnes femmes ». La propagande anticléricale se fanatise : « La Révolution doit guillotiner les curés avant que les curés ne guillotinent la Révolution », lit-on sur des affiches. En juillet 1926, le gouvernement promulgue la loi Calles, qui met au pas le clergé. Sur ordre de l'épiscopat, les prêtres cessent d'officier. Pour le fervent peuple des campagnes, la situation est inacceptable. Le 1er août, une insurrection paysanne se rallie au cri de « Christ-Roi » et gagne les Etats du Centre. Les Cristeros sont insaisissables, pratiquant la guerrilla dans les campagnes et le terrorisme en ville. Obregón, redevenu président le 1er juillet 1928, est assassiné le 17, lors d'un banquet, par un jeune étudiant catholique. Le gouvernement se résout à négocier avec l'Eglise. Le 22 juin 1929, la signature des Arreglos (arrangements) aboutit à la réouverture des lieux de culte et au désarmement des Cristeros, avec la bénédiction du pape Pie XI, qui n'a jamais soutenu la Christiade. Des centaines d'insurgés sont aussitôt fusillés. Après trois ans de silence, les cloches des églises mexicaines sonnent à nouveau le dimanche 30 juin 1929. La guerre civile s'achève enfin. Depuis 1911, elle aura fait près de un million de morts.

La révolution institutionnalisée

L'élection du général Lázaro Cárdenas (1934-1940) achève le règne quasi dictatorial de Calles. Conciliateur, populaire et populiste, Cárdenas va remettre le Mexique sur la voie du progrès. Il institutionnalise la politique, organise l'administration, nationalise le pétrole et lance une réforme agraire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'industrie nationale tourne à plein régime, favorisant la croissance économique. En 1946, le parti national révolutionnaire, créé par Calles en 1929, devient le PRI, parti révolutionnaire institutionnel. Symbolisant la continuité politique, le PRI va régner pendant soixante-dix ans sur la vie politique mexicaine, fournissant au pays tous ses présidents et la majorité absolue aux assemblées.
A l'ombre de son puissant voisin américain, le Mexique profite de la stabilité économique mondiale. Mais les mouvements révolutionnaires des années 1960, notamment l'arrivée de Castro à Cuba, influencent le milieu ouvrier et paysan mexicain. Le président Adolfo López Mateos (1958-64) réprime violemment les grèves de 1958-59. Son successeur, Gustavo Díaz Ordaz (1964-70), tente de gérer un pays qui s'enfonce dans la violence et les problèmes économiques, tandis que le fossé entre les campagnes et la classe moyenne urbaine se creuse.

La mort d'Emiliano Zapata

Au printemps 1919, le général Gonzalez, qui combat les paysans-soldats de Zapata, ridiculise en public un de ses adjoints : le colonel Guajardo déserte l'armée fédérale et rejoint les rangs du paysan rebelle. Les deux hommes se rencontrent, s'apprécient, et Guajardo invite Zapata à déjeuner, le lendemain. Comme convenu, le 10 avril 1919, Zapata se rend à la hacienda de Chinameca. Dans la cour, les soldats de Guajardo lui rendent les honneurs. Et l'abattent, à bout portant. Les félonies ont vaincu l'incorruptible « Attila du Sud », mais son esprit révolutionnaire souffle encore aujourd'hui, chez les guerrilleros « zapatistes » indiens du sous-commandant Marcos, au Chiapas…

De Echeverria à Fox

Sous la présidence de Luis Echeverría (1970-76), les bidonvilles de Mexico enflent et la dette extérieure augmente. Les riches gisements de pétrole du golfe du Mexique entretiennent le mirage du développement. Mais, la crise pétrolière de 1981 entraîne la nation dans une quasi-banqueroute. La chute inexorable est aggravée par le tremblement de terre de Mexico, le 19 septembre 1985, qui fait plus de 20 000 morts et des dizaines de milliards de francs de dégâts matériels. Le FMI impose rigueur et dévaluations et le Mexique retrouve doucement le chemin de la croissance, sous la présidence de Salinas de Gortari (1988). L'accord de libre-échange avec le Canada et les Etats-Unis (ALENA) est signé, la croissance reprend, jusqu'en 1994, le candidat du PRI et le secrétaire général, refusant de continuer à protéger les cartels de drogue qui acheminent la cocaïne colombienne vers les USA via le Mexique, sont assassinés. La collusion entre les trafiquants et le pouvoir s'exposent au grand jour. 1995 est l'année de tous les dangers. Au sud, la guerrilla zapatiste fait vaciller le pouvoir, tandis que la dévaluation et la fuite de capitaux plongent le pays dans la crise. Après cinq ans de rigueur, le Mexique relève la tête. Vicente Fox, candidat du PAN, est élu président en 2000, mettant fin à 71 ans d'hégémonie du PRI. Les zapatistes soutenus par les altermondialistes, organisent en 2001 une grande marche du Chiapas à Mexico. Fox, conciliateur, autorise le souscommandant Marcos à prononcer un discours à l'Assemblée Nationale, et des amendements constitutionnels améliorant le sort des minorités indiennes sont votés. Mais les inégalités demeurent criantes dans les campagnes et les potentats locaux continuent d'exercer leur pouvoir violent. Les élections présidentielles de 2006 ont vu s'affronter Felipe Calderón Hinojosa, candidat du PAN (Parti d'Action Nationale, droite), au populaire Andrés Manuel López Obrador, du PRD (Parti de la Révolution Démocratique, gauche) maire de Mexico depuis 2000, élu sur un programme anti-corruption. Felipe Calderón Hinojosa a pris la présidence en décembre 2006, mais des fraudes électorales caractérisées ont provoqué une grave crise politique et sociale dans le pays. Notamment dans l'Etat de Oaxaca, où une grande insurrection populaire a paralysé Oaxaca en 2006, pour demander la démission du gouverneur régional Ulises Ruiz, compromis dans de nombreux scandales. La répression semble avoir été la seule solution politique envisagée par le nouveau président.

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