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Voyage Turquie : Histoire

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Voyage Turquie

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Les clés du passé

L'histoire de la Turquie ? Parlons plutôt de celle de l'Anatolie, la région que recouvre plus ou moins la Turquie actuelle : une terre de passage ; tantôt démembrée entre une foule de petits royaumes, tantôt intégrée dans d'immenses empires : celui des Hittites, de la Perse, d'Alexandre, de Rome, de Byzance et, pour finir, celui des ottomans. Disloqué par la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman s'est replié sur l'Anatolie, donnant naissance à une nation nouvelle : la Turquie.

Premiers feux

  • De la peau de chèvre à l'or de Crésus (10000-500 avant notre ère)

    Imaginez l'Anatolie de la grande époque, quand elle était couverte de ces forêts que les chèvres ont brouté depuis. Un pont vers l'Europe ?
    Pas pour ceux qui y arrivent, car pourquoi aller plus loin ? Cette terre est une terre promise, aux plaines fertiles, aux monts généreux. Ainsi naît Çatal Hüyük. La première ville de l'histoire vend des pointes de flèches taillées dans l'obsidienne que dégueule le volcan du coin. Plus tard, le bourg se convertit aux armes de métal, achetant aux voisins assyriens l'étain nécessaire à la production du bronze.
    L'Anatolie est aussi une position stratégique. Grâce à ses détroits, elle filtre l'accès à la mer Noire. Vers 1800 ans av. J.-C., cela vaut à Troie, sur les Dardanelles, précisément, une guerre avec les habitants du Péloponnèse. A la même époque, d'autres envahisseurs fondent un empire autour de la ville de Hattoucha (Bogazköy, au nord-est d'Ankara). De là leur nom de Hittites. Ils contrôlent bientôt la métallurgie, et leurs régiments de chars font trembler leurs voisins, et même la cavalerie de Ramsès II.
    Quand les Hittites tombent en décadence, ils laissent le champ libre à d'autres peuples locaux ; les Phrygiens, par exemple, que dirige le roi Midas, ou les Lydiens de Crésus, ce Rothschild de l'Antiquité qui tire sa fortune des paillettes d'or du fleuve Pactole (Gediz).

  • Succursale hellénique (500-50 avant notre ère)

    Depuis toujours, les peuples de Grèce ont lorgné l'Anatolie. Elle est moins aride que leurs îlets plantés d'oliviers. Peu à peu, ils installent le long de ses côtes une ribambelle de comptoirs commerciaux, qui deviennent vite des phares culturels : Smyrne (Izmir) voit naître Homère ; Halicarnasse, Hérodote; Sinope, Diogène le roi du tonneau... Il y a aussi Phocée (Foça), mère de Marseille, et Byzance, ancêtre de Constantinople et future Istanbul.
    Un cordon ombilical affectif relie ces colonies helléniques à la mère patrie. Maîtres de l'Anatolie depuis 546 av. J.-C., les Perses voient dans ces liens une insulte à leur domination. Visant le mal à sa source, ils franchissent les détroits et attaquent Athènes. Mais sont mis en déroute. En 331 av. J.-C., avec Alexandre le Grand, les Grecs à leur tour franchissent les Dardanelles, culbutent les Perses sur les berges du Granique (Çan Çayi), pour les aplatir à Issos, à l'est d'Adana. Alexandre empoche leur territoire, qu'il tente d'helléniser du Nil à l'Afghanistan.
    Ses généraux se partagent le gâteau à sa mort. Mais l'Anatolie est trop vaste pour des militaires au front bas : deux siècles de querelles de frontières commencent. Rome en profite. Elle met d'abord la main sur la région de Pergame, autour de la mer Egée, puis s'attaque au reste. Seul le roi de la mer Noire, Mythridate, leur donne vraiment du fil à retordre.

La Nouvelle Rome

  • Le temps des colonies (1071-1453)

    La vie somptueuse dans les palais de Constantinople est une longue suite de putschs et de complots. Dès 611, des peuplades converties à l'islam grignotent l'Anatolie, mais Byzance ne songe qu'à soumettre le pape, pour réunifier l'Empire romain; et comme le pape, lui, veut la soumission de l'église grecque... En 1054, c'est la rupture définitive entre les deux églises. Ce n'est guère le moment : une tribu musulmane venue d'Iran, les Turcs seldjoukides, déferle. L'empereur Romain Diogène les stoppe à Mantzikert, près du lac de Van. Mais ses mercenaires normands désertent. C'est la défaite. Un tiers du territoire passe sous contrôle seldjoukide. Oubliant la leçon de la trahison normande, les Byzantins appellent d'autres Latins à l'aide. C'est la première croisade (1095-1099). Les Turcs ne font qu'une bouchée des « civils », galvanisés par le moine Pierre l'Ermite; mais les militaires de Godefroi de Bouillon, Raymond de Toulouse et du Normand Bohémond de Tarente reprennent une à une les possessions perdues. Au lieu de les rendre aux Grecs, ils s'y installent. Un comté est créé à Edesse (Urfa), une principauté à Antioche, un royaume à Jérusalem. Constantinople, déjà en guerre permanente avec Serbes et Bulgares, s'offre un ennemi de plus.
    Et puis, les musulmans contre-attaquent. Ils enlèvent Edesse, déclenchant la deuxième croisade : en 1148, le roi de France Louis VII débarque à Antalya. Son armée est décimée et, pour couronner le tout, la reine Aliénor d'Aquitaine le cocufie. Une autre croisade, et voilà l'empereur d'Allemagne qui se noie dans le Calycadnos (Selef), à la grande joie des Byzantins. Rira bien qui rira le dernier : en 1204, les croisés pillent Constantinople, dont les trésors vont enrichir les cathédrales de Venise et de Troyes. Le nouvel empereur se soumet au pape. Le catholicisme remplace l'orthodoxie comme religion d'Etat. Trébizonde (Trabzon) et Nicée échappent cependant au désastre. Elles deviennent les sièges d'une « Byzance libre », qui reprend Constantinople en 1261. Mais le coeur n'y est plus : le pouvoir restauré doit se concilier les Génois, qui s'installent à Péra et à Nova Fogia (Yeni Foça), arrêter les Bulgares, composer avec les Seldjoukides, se débarrasser de ses mercenaires catalans, qui saccagent la Thrace...

L'Empire réincarné

  • Vers l'apogée (1453-1683)

    Les terribles invasions mongoles ont balayé les Seldjoukides. Une autre tribu turque prend la suite, les Ottomans. En 1326, elle s'est emparé de Brousse (Bursa), qui devient leur capitale et le foyer de la guerre sainte. Pour conquérir une à une les villes chrétiennes, les Ottomans ont une tactique : ils coupent les voies de communication et rasent leurs abords. Anémiées, les cités se rendent vite. L'Islam n'a plus qu'à les ressusciter... avec la sève du commerce. C'est ce qui va arriver à Constantinople. Après avoir conquis la Roumélie (l'actuelle Turquie d'Europe), les Ottomans bouclent les Dardanelles, puis le Bosphore et, en 1453, malgré une résistance héroïque, le sultan ottoman Mehmet II cueille la capitale comme un fruit sec.
    Après avoir été latin et grec, l'Empire romain se réveille turc. Nouveau monarque, le sultan Mehmet II doit assurer l'harmonie entre 72 nationalités. Restés à Istanbul, les patriarches orthodoxes ou arméniens ont la responsabilité de leurs fidèles, jugés d'après leurs propres lois. Accueillis après leur expulsion de l'Espagne catholique, les juifs ont un statut analogue; tous ces non-musulmans font carrière dans le commerce ou l'administration. Ceux d'Albanie ou de Croatie reçoivent moins d'égards : leurs fils sont sujets à la réquisition (dev?irme) pour devenir fonctionnaires, artistes, comme Sinan, auteur de onze des plus belles mosquées du monde ottoman, ou janissaires, ces soldats capables d'offrir leur corps pour boucher le fossé d'une citadelle.
    L'Europe tremble devant ces troupes d'élite : elles conquièrent la Grèce, la Hongrie, Bagdad, Chypre, et le repaire du lion vénitien, la Crète. Le prestige d'Istanbul séduit des « renégats », comme le comte de Bonneval, qui se rebaptise Ahmet pour combattre sous la bannière du croissant. François Ier lui-même s'allie à Soliman le Magnifique contre Charles Quint. Soliman marque l'apogée ottomane : l'Europe boit du kahve (café), et plante ses jardins de tulipan (tulipes). Le sultan cumule désormais les fonctions d'empereur et de khalife. Il n'a plus qu'à réaliser le phantasme de ses prédécesseurs grecs : prendre Rome.

  • Empire déclinant et société par actions (1683-1914)

    En 1683, les Ottomans assiègent Vienne. Mais ils sont sabrés par une coalition chrétienne qui, en quelques années, reprend aux Turcs la Hongrie, l'Albanie, la Croatie. C'est le compte à rebours du déclin, dont la Russie profite en harcelant les Turcs pendant deux siècles de guerres.
    En 1821, c'est le bouquet : la Grèce se soulève. En riposte, le patriarche orthodoxe est pendu, mais les sultans ont compris que l'heure du Tanzimat (la mutation) a sonné. Après avoir égorgé ses janissaires devenus trop remuants, Istanbul demande à la Prusse de moderniser son armée, et à Londres de réorganiser la marine. L'Europe prend de l'influence. En 1853, la guerre de Crimée voit même les zouaves de Napoléon III et les Ecossais de Victoria épauler les Turcs contre le tsar. Réforme de l'administration, réforme judiciaire s'enchaînent, avec une copie toujours plus servile de l'Occident. A plaisir, Paris et Londres poussent Istanbul à s'endetter, pour se rembourser sur des concessions ferroviaires, voire sur une Banque ottomane à capitaux franco-anglais !
    C'est maintenant au tour de la Bosnie, du Monténégro, de la Bulgarie de se révolter. Déjà, les Autrichiens tracent le plan de dépeçage de l'Empire avec les Russes. Les Anglais marchandent leur soutien militaire en échange de Chypre. La France et l'Italie négocient pareillement la Tunisie et la Libye. Athènes annexe par les armes toutes les zones hellénophones, et parle sans complexe de restaurer « une Grèce sur deux continents ». C'en est trop. En 1908, une révolution place le sultanat sous contrôle du nationaliste turc Enver, qui signe une alliance avec Berlin et Vienne. La belle alliance en effet ! Elle précipite l'Empire dans la guerre de 14.

L'aventure turque

  • Le « siècle » d'Atatürk (1914-1938)

    Churchill veut Istanbul. En 1915, les troupes françaises et du Commonwealth débarquent dans les Dardanelles. Mais, en face, le général Mustafa Kemal organise la défense. Les Occidentaux doivent se rembarquer, après avoir sacrifié à la mort un quart de leurs effectifs.
    Pendant ce temps, les espions Philby et Lawrence d'Arabie soulèvent les Arabes contre leurs maîtres ottomans. C'est la fin. Enver s'enfuit. Vaincus, les Turcs sont dépouillés de la Syrie, de la Palestine, de l'Arabie, de l'Iraq. Istanbul et l'Anatolie sont occupés. Les Grecs prennent Smyrne (Izmir) dans un bain de sang et prétendent restaurer l'Empire byzantin. A Ankara, Mustafa Kemal a fondé une Assemblée nationale. Malgré le sultan, qui tente d'éliminer cette « maison de fous », le héros des Dardanelles repousse l'armée hellénique, jusqu'à Smyrne (Izmir), qui replonge dans le massacre et l'incendie.
    Le 29 octobre 1923, Kemal proclame la République. Chacun est invité à laïciser son nom. Le sien devient... Atatürk, c'est-à-dire « Père des Turcs ». Un père qui reçoit des pouvoirs dictatoriaux tempérés par un parti unique, le parti républicain du peuple. Sur ses insignes, six flèches symbolisent le programme : République, Peuple, Etat; Révolution, Nation, Laïcité. Mesures laïques : l'Islam n'est plus religion d'Etat. Le khalifat est aboli. Les couvents sont fermés. Mesures nationalistes : l'ottoman est remplacé par la langue populaire, même l'appel à la prière se fait en turc. Révolutionnaires : les femmes reçoivent le droit de vote. Occidentales : le Code pénal est emprunté à l'Italie, le Code civil à la Suisse. L'alphabet latin et le calendrier grégorien sont adoptés, quant au port du fez, il est puni de prison.

  • L'après-Atatürk (1938-1983)

    En 1938, Atatürk meurt au palais de Dolmabahçe. Son bras droit, Ismet Inönü, poursuit sa politique avec plus de diplomatie, et accomplit le tour de force de flatter Hitler sans prendre part à la guerre.
    Aux élections de 1950, le tout nouveau parti démocrate triomphe. Son chef, Menderes, succède à Inönü. Pour sortir de la stagnation, la Turquie se rapproche des Etats-Unis, qui la « mouillent » dans la guerre de Corée avant de l'englober dans l'Otan. Libéralisation ? Elle se limite à l'économie : sous le paravent du kémalisme, l'Etat flatte la bigoterie des campagnes. La prière en arabe est rétablie, puis le port du voile, le catéchisme... Le 27 mai 1960, un putsch porte le général Gürsel au pouvoir. Le parti démocrate est dissous. Menderes est pendu. Les universités sont le théâtre de rudes répressions. Le terrorisme de gauche se venge sur les résidents occidentaux, qui tirent en effet bien des ficelles : en 1974, pour punir Chypre de son non-alignement, Washington pousse le régime des colonels d'Athènes à y monter un coup d'Etat. Sous prétexte de protéger les Chypriotes turcophones, les troupes d'Ankara débarquent.

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