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Voyage Vietnam : Histoire

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Voyage Vietnam

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Les clés du passé

Les origines du Vietnam s'entremêlent de mythes fabuleux. On raconte qu'il y a trois mille ans le roi-dragon Lac Long Quân quitta le royaume des Eaux pour épouser une princesse des montagnes, la fée Âu Co. Cette union engendra cent oeufs, desquels naquirent autant de fils…

Les époux décidèrent un jour de se séparer. Le dragon regagna le littoral accompagné de cinquante de ses fils, tandis que les autres suivirent leur mère vers l'intérieur des terres. Les descendants de la reine Âu s'établirent sur les plateaux et les montagnes du Nord, chacun y enfonçant les racines d'une ethnie montagnarde. Les fils de Lac Long Quân préférèrent s'installer dans la plaine. Leur aîné, Hùng Vuong, grimpa alors sur le trône du royaume de Van Lang, devenant le premier des dix-huit rois hùng à régner sur cette contrée.

Fils de l'eau et de la terre

Bien que cette version poétique de la naissance du pays ait peu de fondements historiques, elle illustre bien l'osmose de l'eau, de la terre et des hommes dans ce fertile delta du fleuve Rouge, qui fut le berceau du Vietnam. On estime que les premiers habitants des plaines ont quitté les grottes des montagnes de la région de Lang Son il y a un demi-million d'années, et que l'agriculture était déjà pratiquée cinq mille ans av. J.-C. Les archéologues rattachent à cette civilisation agraire des objets de pierre taillée et des poteries. D'admirables tambours de bronze retrouvés près de Dông Son témoignent de l'émergence d'une culture avancée, dix siècles avant notre ère, et de ses contacts avec les grands royaumes sinisés et indianisés. C'est après deux mille ans du règne de la dynastie des Hùng que An Duong, roi des Thuc, rassemble les clans de la plaine pour fonder le royaume de Âu Lac, au IIIe siècle av. J.-C. Mais le jeune Etat ne tarde pas à être envahi par ses voisins du Nord et intégré au puissant Empire chinois, en 111 av. J.-C.

Le Champa

Il émerge il y a deux mille ans, près de ce qui est aujourd'hui Danang. Vers le IIIe siècle, une route maritime se dessine entre l'Inde et la Chine, et le royaume s'en trouve transformé. Il embrasse l'hindouisme, son art et son écriture. A son apogée, entre le VIIe et le Xe siècle, le Champa contrôle le trafic maritime entre les deux grands empires. Ce peuple de marins-pirates est en constant conflit avec ses voisins. La frontière nord s'érode sous les assauts et, en 1471, les Vietnamiens font tomber la dernière capitale, Vijaya. Du royaume déchu, il reste peu : des sanctuaires de brique, quelques dizaines de milliers d'individus disséminés dans les villages du sud... Mais l'âme chame continue de se perpétrer à travers les gestes séculaires des potiers, des tisserands, des paysans et des pêcheurs de la côte vietnamienne.

Les royaumes indianisés

Si le delta du fleuve Rouge accueille les Protovietnamiens, le reste de la péninsule est peuplée d'une mosaïque complexe d'ethnies. Le royaume du Champa apparaît à la fin du IIe siècle, au centre de ce qui deviendra le Vietnam. Au sud, le royaume indianisé de Fou Nan règne sur le delta du Mékong du Ier au VIe siècle, avant d'être absorbé par l'Empire khmer. Peuple de commerçants, le Fou Nan aurait été en contact avec l'Indonésie, la Perse et même l'Empire romain. Finalement, les Hauts Plateaux sont habités par ces « fils des montagnes » qui entretiennent peu de contacts avec leurs frères de la côte et des deltas.

A l'ombre du Grand Empire

La protection de la Chine durera un millénaire, durant lequel elle réprime une dizaine de courtes rébellions. La plus célèbre est menée par les soeurs Trung, en 39. Confrontées à l'effondrement de leur royaume, trois ans plus tard, elles se jettent à la rivière plutôt que de se rendre. Suite à cette révolte, le Nam Viêt est intégré à l'Empire comme province chinoise. Durant cette période, l'art et l'écriture se sinisent et les grands courants de pensées - bouddhisme, taoïsme et confucianisme - font leur apparition. La société vietnamienne intègre les éléments chinois à sa culture, sans pour autant se défaire de ses traditions, contrairement aux peuples de l'actuel sud de la Chine.

La dynastie ngô

La dynastie chinoise des Tang s'effondre en 907. Ngô Quyên et ses armées profitent de la confusion qui règne sur le Grand Empire pour défaire la flotte chinoise sur le fleuve Bach Dàng, en 938. Le nouveau souverain établit alors un fragile Etat indépendant, le Dai Viêt, et les Ngô fondent la première de quatorze dynasties à régner sur la nation, jusqu'en 1945.

La longue Marche vers le Sud

La dynastie suivante, celle des Dinh (968-980), déménage la capitale à Hoa Lu, véritable forteresse naturelle. Avides de terres nouvelles, les Dinh initient le « Nam Tiên », cette longue descente vers le Sud. Elle continue avec les dynasties des Lê antérieurs (980-1009) et des Ly (1010-1225), qui gouvernent avec l'assentiment des Chinois. Le roi Ly Thai Tô et ses troupes piétinent allègrement les frontières du royaume cham, qui est contraint de s'enfoncer toujours plus au sud.

Essor culturel

Le Dai Viêt s'étoffe en territoire, mais aussi en structure : la première université est fondée dans la nouvelle capitale de Than Long (aujourd'hui Hanoi), l'art national s'épanouit et les philosophies bouddhistes et confucianistes s'ancrent profondément dans les moeurs des Vietnamiens.

Le stratège Trân Hung Dao

Aux Ly succèdent les Trân (1225-1413). Ils repoussent par trois fois les voraces Mongols, qui ont déjà conquis la Chine et n'ont d'yeux que pour le Champa. Le grand héros de ces batailles est le général Trân Hung Dao, qui attira les 300 000 hommes de la toute puissante armée mongole jusqu'à la rivière Bach Dàng, en 1288. Combattant à marée haute, il coinça les vaisseaux ennemis dans une forêt de pieux qui apparurent à marée basse. Toute la flotte fut capturée.

Au bout de la longue Marche

Au début du XVe siècle, le Dai Viêt retombe sous le joug des Chinois, mais les Ming ont la tâche ardue : en vingt-huit ans, huit prétendus rois s'insurgent contre leur impérieuse autorité. Il faut attendre Lê Loi et dix ans de guerre pour que les Ming rebroussent chemin. Lê Loi et sa dynastie (1428-1789) continuent la méthodique conquête des terres du sud. A la fin du XVe siècle, Vijaya, la dernière capitale du Champa, tombe aux mains des Vietnamiens. La longue Marche vers le Sud tire à sa fin avec les générations suivantes, qui gagneront le delta du Mékong au XVIIe siècle.

Les premiers Européens

C'est à cette époque que les premiers Européens posent le pied au Dai Viêt. Les marins portugais accostent à Danang, en 1516, suivis par les premiers missionnaires. Au début du XVIIe siècle, les Hollandais ouvrent des comptoirs au nord, et la prospère ville de Faifo (Hôi An) voit défiler de nombreux marchands européens sur ses quais. Le commerce ne s'avère pas aussi profitable qu'escompté, mais l'évangélisation va bon train et les missionnaires continuent d'affluer, malgré les persécutions impériales.

Rébellions et unification

L'expansion du Dai Viêt sous la dynastie Lê est foudroyante. Le pays vacille de révolte paysanne en guerre civile, se scindant brutalement alors que les Mac prennent possession du Nord, les Nguyên du Centre et du Sud et que les Trinh mettent en tutelle les Lê. Les hostilités entre le Nord et le Sud dureront deux siècles. En 1776, Nguyên Huê et ses frères prennent la tête de la rébellion paysanne des Tây Son et renversent les trois empereurs. Le règne des Tây Son sera bref ; le prince Nguyên Anh trouve appui auprès des Français et, après vingt-sept ans d'une guerre funeste, se proclame empereur à Hué, sous le nom de Gia Long.

Les Nguyên

Sous le règne du premier des empereurs Nguyên (1802-1945), le pays prospère, les rizières verdoient et Hué se couvre de somptueux palais. Mais si Gia Long entretient de bonnes relations avec la France, il en va autrement de son fils. Infatué de son titre, l'empereur Minh Mang isole le pays et condamne le christianisme, qui, selon lui, va à l'encontre des valeurs confucéennes chères à son peuple. Thiêu Tri poursuit l'oeuvre de son prédécesseur, persécutant les chrétiens et s'attirant les foudres de la France.

Trois Vietnamiens sur cinq s'appellent Nguyên. La grande popularité de ce patronyme remonte aux temps où l'empereur autorisait les braves pionniers venus défricher les terres inhospitalières du Sud à porter son nom. Au Vietnam, le patronyme se transmet de père en fils, et précède invariablement les prénoms. Ces derniers sont aussi variés que poétiques. Si les prénoms féminins évoquent des matières précieuses (Ngoc, jade ; Huong, parfum) ou la nature (Hông, rose ; Liêu, saule), ceux des hommes sont plus abstraits (Duc, vertu ; Khiêm, modestie). Le paysan se contente souvent d'un seul prénom, mais la noblesse en déploie jusqu'à cinq !

La colonisation

Aux intérêts religieux s'ajoutent des intérêts stratégiques et commerciaux ; la confrontation devient inévitable. Les militaires français débarquent à Danang, en 1847. Saigon est prise douze ans plus tard, et l'empereur Tù Duc cède trois provinces du Sud à la France, en 1862. Les offensives des troupes de Garnier, de Joffre, de Rivière n'en tarissent pas moins au nord et, en 1887, la France domine l'ensemble du territoire vietnamien. La colonie de Cochinchine, au sud, est administrée directement tandis que l'Annam au centre et le Tonkin au nord sont sous protectorat. Le Laos et le Cambodge complètent cette Union indochinoise.

L'ère coloniale

L'arrivée de Paul Doumer à la tête de l'Union indochinoise, en 1897, fait souffler un vent de renouveau sur l'économie coloniale. Les routes et les rails se dessinent sur un paysage de plus en plus travaillé : mines de charbon, plantations d'hévéas, de café, de riz, voire même d'opium. L'Indochine devient profitable pour le colonisateur français, mais bénéficie peu aux paysans et aux ouvriers, qui vivent dans un grand dénuement.

La résistance

L'instauration d'un nouveau système d'éducation forme une élite intellectuelle vietnamienne qui se révolte contre l'occupant. La résistance au colonialisme prend plusieurs formes, allant de la prose satirique à la guérilla meurtrière. Les patriotes vietnamiens trouvent en Hô Chi Minh un chef incarnant leurs ambitions nationalistes. En 1930, il fonde le parti communiste d'Indochine, puis, en 1941, la Ligue d'indépendance du Vietnam (Viêt-minh). La coalition revendique l'indépendance du pays à la France mais aussi au Japon, qui occupe l'Asie depuis 1940. L'envahisseur nippon renverse le gouvernement français au début de 1945, mais se rend définitivement six mois plus tard. Hô Chi Minh profite du vide politique pour proclamer l'indépendance de la République démocratique du Vietnam, le 2 septembre 1945.

La première guerre d'Indochine

Malgré des accords bilatéraux, la France se réinstalle sur son ancien empire dès mars 1946. Elle se heurte cependant à la résistance des nationalistes, déterminés à défendre la frêle indépendance de leur république. Les multiples négociations échouent et, en novembre 1946, les Français bombardent Hai Phong. S'ensuit une violente guerre qui durera huit ans.

La guérilla

Le Viêt-minh, dépourvu de la puissance militaire qui lui aurait permis de vaincre les Français, s'en tient surtout à des activités de guérilla. Pendant ce temps, les hommes du général Navarre fortifient une base à Diên Biên Phu, au sein des montagnes du Nord-Ouest. Ils ont la ferme intention d'en finir avec les troupes de Hô Chi Minh, en les contraignant à combattre dans les règles de l'art. Mais les stratèges français sousestiment grandement la ténacité, l'organisation et, surtout, l'appui du peuple derrière le Viêt-minh.

La fin du colonialisme

La bataille débute le 13 mars 1954. Suivent deux longs mois pendant lesquels les Français subissent d'importantes pertes humaines et matérielles. Le coup de grâce est donné le 7 mai 1954, jour où le général de Castries et ses troupes se rendent. Le rideau tombe sur un siècle de colonialisme français en Indochine.

La deuxième guerre d'Indochine

Les accords de Genève scindent le Vietnam en deux. Les communistes de Hô Chi Minh occupent le territoire au nord du 17e parallèle, tandis que le Sud est gouverné par le fervent anticommuniste Ngô Dinh Diêm. C'est la solution provisoire apportée aux dissensions internes, en attendant les élections générales qui réunifieront le pays. Elles n'auront jamais lieu. En 1955, Diêm s'autoproclame chef de l'Etat du Sud-Vietnam. Il sera assassiné en 1963, remplacé par des gouvernements militaires provisoires, puis par le général Van Thiêu, en 1967. Au nord, le Front national de libération (le Viêt-công) est créé en 1960.

L'arrivée des troupes américaines

La tension monte de part et d'autre du 17e parallèle. Les Etats-Unis joignent leurs troupes à celles de l'armée sud-vietnamienne en 1964. Les hostilités s'amplifient, et le bilan est loin d'être reluisant : bombardements, défoliation, « pacification » ou évacuation des villages, presque toutes les opérations américaines se soldent par des demi-échecs.

Le cessez-le-feu

Lors de l'offensive du Têt, en janvier 1968, les communistes lancent une attaque-surprise sur une centaine de villes du Sud. Cette bataille d'une violence inouïe horrifie l'Occident et initie un vaste mouvement antimilitariste. En 1969, le président américain Nixon décide de démanteler sa coûteuse machine de guerre. Hô Chi Minh décède la même année, avant le retrait définitif des troupes américaines et l'accord de cessez-le-feu, signé en 1973. Dans les premiers mois de 1975 s'amorce l'offensive finale : les villes du Sud tombent les unes après les autres et le Viêt-công se retrouve aux portes de Saigon. La capitale du Sud est « libérée » le 30 avril 1975, et l'Etat est réunifié sous le nom de République socialiste du Vietnam.

La dynastie des Nguyên : qui est qui ?

Gia Long (1802-1819) : fondateur de la dynastie, il ravit le Vietnam aux usurpateurs tây son. Minh Mang (1820-1840) : talentueux administrateur, ce lettré est hostile à l'Occident. Thiêu Tri (1841-1847) : sa politique antichrétienne soulève l'indignation de la France. Tù Duc (1848-1883) : il cède la Cochinchine à la France. Sans héritier, sa mort provoque l'anarchie à Hué. Duc Duc, Hiêp Hoa, Kiên Phuc et Hàm Nghi se succèdent brièvement sur le trône. Dông Khanh (1885-1889) : lié à la révolte des lettrés, le règne du fils adoptif de Tù Duc est controversé. Thanh Thai (1889-1907) : accusé de démence, le fils de Duc Duc est destitué par les Français. Duy Tân (1907-1916) : couronné à 8 ans, il est déporté en 1916, suite à une révolte manquée contre le gouvernement colonial. Khai Dinh (1916-1925) : la souveraineté du fils de Dông Khanh est plutôt symbolique. Bao Dai (1925-1945) : le dernier empereur Nguyên est couronné à 12 ans et renonce au trône en 1945. Il décède en France en 1997.

Le pays réunifié

La fin de la guerre n'est pourtant pas synonyme de paix... En 1977, les Khmers rouges attaquent le Vietnam, qui réplique en envahissant le Cambodge pendant dix ans. La Chine désapprouve le geste et envahit quelques provinces septentrionales en 1979. Les Etats-Unis initient un embargo qui coupe le Vietnam du monde dans les années 80. Des accords de paix sont signés avec le Cambodge en 1991, permettant la normalisation des rapports avec la Chine et le rétablissement de relations diplomatiques avec les Etats-Unis.

L'ouverture

La désintégration de l'URSS favorise les réformes économiques (Dôi moi) et accélère accélère l'ouverture du pays au tourisme et au commerce. Depuis, le Vietnam semble renaître des cendres de ses deux guerres : la levée de l'embargo américain, en 1994, lui a insufflé de grands espoirs. Membre de l'ASEAN depuis 1995, le pays est pressenti comme l'un des prochains « tigres » de l'Asie. En 2000, Clinton devient le premier président américain à visiter le Vietnam réunifié. Son homologue vietnamien Phan Van Khai attendra 2005 pour se rendre à Washington. En 2006, les deux pays ont terminé leurs négociations bilatérales sur l'adhésion du Vietnam à l'OMC.

L'oncle Hô

Hô Chi Minh (« Celui qui éclaire ») est le dernier d'une cinquantaine de noms adoptés par Nguyên Sinh Cung au cours de son existence. Né en 1890 dans la province de Nghê An, le futur Hô Chi Minh grandit auprès d'un père nationaliste. Il étudie à Hué, puis part à la découverte du monde sur un paquebot français. C'est à Paris qu'il s'installe, en 1917, pratiquant mille et un métiers, développant ses idées politiques et, surtout, ébauchant le projet d'une Indochine indépendante. En 1922, il gagne Moscou, puis Canton. C'est après des années d'incarcération et trente ans d'exil qu'il rentre au Vietnam, en 1941. Il organise le Viêt-minh et prépare le soulèvement contre la France du fond d'une grotte, au nord du pays. En septembre 1945, Hô Chi Minh proclame l'indépendance de la République démocratique du Vietnam, qu'il présidera jusqu'à sa mort, en 1969.

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